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Laura Veirs, le feu sous la glace article écrit par Freduti, le 9 septembre 2004
A la veille d’une tournée française qui démarre à la fin septembre, nous publions un entretien avec l’attachante songwriter Laura Veirs, rencontré au printemps à l’occasion de la parution de son quatrième disque, le délicat Carbon Glacier. Après une session photo des plus réjouissantes, l’américaine arrive très détendue et s’ensuit une interview très amicale où rires et sérieux se rythment.
Laura Veirs : A la maison, on écoutait beaucoup de musique, mes parents passaient souvent des disques sur la platine de salon. Aussi, j’ai grandi dans un univers musical mais ce n’est pas pour autant que j’ai appris un instrument. Mon père a essayé en vain de m’initier au piano. En fait, je passais beaucoup de temps à développer mon sens auditif mais je n’ai pas appris à lire la musique. Ce n’est que bien plus tard que je me suis passionné pour un instrument. Mes parents étaient partagés entre la musique classique, le folk et la pop. Du côté de ma mère, la musique était absente de la maison, par contre, dans la famille de mon père, elle était omniprésente. Sa mère comme sa grand-mère jouaient du piano. Pinkushion : A part la musique, est-ce que tu t’intéressais à d’autres formes d’art ? Laura Veirs : Même si ma mère n’a pas le rythme dans la peau, elle nous - mon frère et moi - a enseigné un sens créatif très marqué. Elle est très douée en tissage, pratique le dessin et la peinture, ce qui a encouragé notre éveil artistique. C’est comme ça que j’ai pu développer un art visuel grâce à ma mère et musical par mon père. Qu’est-ce qui a formé ton goût pour la guitare ? Laura Veirs : J’ai appris sur le tard cet instrument vers dix-huit ans. En fait, je n’ai pas réellement appris la guitare, j’ai juste gratté quelques cordes au début, puis des accords que mon frère me montrait. Vers mes vingt et un ans, j’ai pris des cours pour améliorer mon jeu et j’ai commencé à jouer dans des groupes de rock. Deux ans plus tard, j’avais acquis un niveau suffisant pour pouvoir composer des chansons. J’ai enregistré mon premier album assez rapidement, en trois heures, alors que j’avais vingt-cinq ans. Aujourd’hui, j’ai trente ans et j’ai déjà éjà écrit quatre albums. J’ai beaucoup travaillé pour arriver à ce que je fais aujourd’hui. Pourquoi avoir choisi Tucker Martine comme producteur ? Laura Veirs : C’est Aiko Shimada, une compositrice japonaise qui vit aux Etats-Unis, qui me l’a présenté. Tucker a produit mon deuxième album et les suivants. Il fait partie de mon groupe mais malheureusement il ne nous suit pas en tournée car il est trop occupé par son activité de producteur. De nombreux groupes lui font appel (Ndlr - Tucker Martine a produit notamment des albums de Mount Analog, de Bill Frisell, Jesse Sykes, Jim White, Modest Mouse). Steve Moore et Karl Blau sont les deux autres membres du groupe, The Tortured Souls. ![]() Les ambiances musicales de ces albums sont-elles similaires à celles présentes sur Carbon glacier ou à Troubled by the fire ? Laura Veirs : L’ambiance générale est commune aux quatre albums. Celui de 2001 est assez proche de Carbon glacier dans un sens mais plus country, old west voire folk. Troubled by the fire est plus disparate, entre jazz, rock et bluegrass. Ce qui est certain c’est que tous ces disques peuvent être vus comme une continuité dans les propos, les sentiments dégagés et l’atmosphère développée. Qu’est-ce qui éveille ton envie d’écrire des chansons ? Laura Veirs : En fait, il y a beaucoup d’idées qui me traversent la tête mais à bien y réfléchir c’est quelque chose qui reste pour moi assez mystérieux. J’empoigne ma guitare et m’assied dans un coin et joue pour le plaisir. Si une idée ou un son me satisfait et sort de ma tête, je poursuis sur cette pensée. Puis, je pose des mots sur la mélodie et si le résultat me convient j’écris des paroles sur la musique. Le processus de composition est quelque chose de très énigmatique mais passionnant. En général, je m’isole, ne réponds pas au téléphone et cherche une certaine rigueur. Mais si rien ne se produit je ne suis pas pour autant frustrée, jouer reste un plaisir avant tout et non un travail contraignant. As-tu des domaines privilégiés qui nourrissent ton inspiration ? Laura Veirs : Je me passionne beaucoup pour la poésie de Bashô qui est pour moi un des maîtres incontestés de haïkus. A première vue, son écriture semble simple mais elle possède de nombreux sens d’interprétation. Elle a ce pouvoir des mots qui vous envahit. Un écrivain comme Virginia Woolf m’émeut aussi tout particulièrement, son écriture est fascinante. Je m’inspire de ces artistes pour améliorer ma façon d’écrire. Les thèmes que j’aborde dans mes chansons sont plutôt communs mais j’essaie d’y ajouter une portée mystérieuse et magique. Je perçois la nature comme une beauté magique et insaisissable. Lorsque tu écris une chanson, as-tu l’impression d’échapper à une certaine réalité et de ne plus être toi-même ? Laura Veirs : Ecrire une chanson est un processus difficile, qui atteint le mental car on parle de soi. Les chansons sont parfois très évocatrices, on laisse un peu de nous et si tu ne contrôle pas tes émotions tu peux vite te perdre dans un monde imaginaire. Je ne dirais pas que je change de personnalité mais je suis dans des états d’esprit différents quand je compose. (Long silence) Certaines chansons m’envahissent et je ne contrôle pas les émotions et ça peut paraître dangereux. D’autres fois, je me focalise sur la structure et reste très critique sur mon œuvre alors je garde un certain contrôle et une vision extérieure. Toutefois, lorsque j’interprète mes chansons je suis comme dans un état second, je m’abandonne dans le monde que j’ai créé. Y a-t-il une scène musicale en qui tu te retrouves complètement ? Laura Veirs : A l’heure actuelle, je me sens très influencée par une communauté à Seattle dont je fais partie. Il y a beaucoup de talents cachés, des artistes qui n’appartiennent pas à la même scène musicale mais qui jouent entre eux, une grande diversité musicale. Ça va du rock au jazz, à la musique expérimentale. Je joue du folk mais je suis plus attirée par cette culture alternative rock. J’aime beaucoup Built To Spill par exemple. Tes albums sont souvent une évocation de la nature. En quoi ce thème est devenu ton sujet de prédilection ? Laura Veirs : Je passe la plupart de mon temps à me promener dans la nature, je pourrais rester des jours et des nuits sans revenir en ville tant je me sens bien dans cet élément. J’ai grandi dans le Colorado au milieu des montagnes. Mes parents m’emmenaient avec mon frère en randonnée, nous ont fait découvrir des lieux fascinants, nous ont éveillé à la beauté de la nature. Je partais certaines fois pendant deux ou trois semaines en randonnée et c’était comme communier avec les lacs, les océans, les montagnes, le désert. L’Amérique est magnifique parce qu’elle offre une diversité de reliefs et des étendues à perte de vue où pendant des mois tu peux croiser personne. C’est ton côté sauvage ? Laura Veirs : (Rires) J’aime le genre humain mais aussi me retrouver seule. ![]() Tu poses le constat d’individualité entre les personnes qui se croisent sans se parler ou sans réellement se connaître, avec une sorte d’indifférence. Selon toi qu’est-ce qui pourrait rattacher les gens entre eux ? Laura Veirs : Il serait possible ... (Long silence). Peut-être en ne donnant pas autant d’importance aux choses matérielles et en étant moins égoïste. Revenir à des liens sociaux plus évidents comme l’entraide au lieu de se morfondre sur son sort. J’ai beaucoup de respect envers la communauté d’artistes de Seattle car elle pousse à se parler, à oublier sa tristesse et à échanger des émotions. La musique comme l’art en général est un bon moyen pour rapprocher les gens. Tu sembles porter un intérêt important au visuel. Jason Lutes a illustré les pochettes de tes deux derniers albums. Comment l’as-tu rencontré ? Laura Veirs : Jason est mon voisin, je l’ai connu par l’intermédiaire de sa copine qui est une amie. Il a écrit un roman illustré à série, une sorte de bande dessinée qui est distribuée en France sous le nom Berlin. Ses dessins et textes parlent de la vie avant la deuxième guerre mondiale en Allemagne et l’arrivée de la guerre d’où le titre. Chaque tome lui a pris six ans et il est en train d’écrire son deuxième livre. Lorsque j’ai vu ses dessins pour son ouvrage Berlin, j’ai voulu qu’il illustre mes pochettes car ses préoccupations étaient proches des miennes. Carbon glacier s’inspire des oeuvres de Rockwell Kent, un artiste américain qui a illustré Moby Dick entre autres. Jason a adapté les dessins de Kent et en quatre heures a dessiné la pochette de l’album. Il est incroyable ! Laura Veirs, Carbon Glacier (Bella Union / V2)
28 septembre : concert à Paris (Nouveau Casino),
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