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En marge

Not Not Fun - 2009

A. We Thrive Off The Encantic Dance of Orbs B. That Beneath of Realms Fermenting
Explorers - Bermuda Telepaths
article écrit par Umut Ungan, le 5 février 2010

Avec Bermuda Telepaths, le musicien américain Sam Meringue aka Explorers dénote un univers étonnement singulier. Profondément hétérogène, cet album-collage insaisissable est composé de deux enregistrements fragmentaires où chaque bribe est comme un échantillon pour un monde possible, une rêverie qui s’expose et qui célèbre l’union de l’infiniment petit avec le tout. Suivant un mouvement éminemment libre, les sonorités vacillent entre un psychédélisme et une ivresse des répétitions, où l’espace organique se révèle comme un lieu ambigu, un mélange du vivant et de l’artifice, l’image d’une nature promise mais dont les cadres débordent constamment. Si les deux faces de l’album possèdent une profondeur qui submerge celui ou celle qui écoute, la matière sonore restitue par ailleurs le travail de découpage et d’assemblage avec les enchaînements brusques et presque maladroits des lambeaux musicaux. Loin de discréditer l’expérience, ce procédé donne un aspect presque documentaire à l’album, une apparence illusoire mais qui, pourtant, entre en parfait dialogue avec le cosmos rêvé ; un cosmos qui prend corps à travers Bermuda Telepaths, dont on espère que Sam Meringue n’arrêtera pas de prospecter et d’inventorier les beautés paradisiaques.

-  Le site du label Not Not Fun

Warner/Reprise - 2009

1. Can’t Help 2. Angelika" 3. Baby 4. Goin’ Back To The Place 5. First Song For B 6. Last Song For B 7. Chin Chin & Muck Muck 8. 16th & Valencia 9. Rats 10. Maria Leonza 11. Brindo 12. Meet Me At The Lookout 13. Wiliamdzi 14. Foolin’
Devendra Banhart - What Will Be
article écrit par Paul-Ramone, le 25 janvier 2010

Que s’est-il passé pour que Devendra Banhart tombe ainsi en désuétude auprès des critiques ? En jetant un œil du côté des antennes médias spécialisées, aucun de ses disques ne figure dans les classements de cette décennie achevée. Pourtant, lorsque six ans en arrière le doublé Rejoicing in the Hands / Niño Rojo l’a révélé, un régiment de critiques louèrent les qualités minimalistes et surréalistes de ce folksinger itinérant signé sur le label Young God de Michael Gira (Swans). Le jeune homme, alors âgé de 23 ans, fit même office de relayeur avisé, sa compilation Golden Apples of The Sun mettant en lumière des noms encore méconnus, mais qui ne tardèrent pas à devenir des artistes incontournables : Joanna Newsom, Six Organs of Admittance, Josephine Foster, Jack Rose.... Puis le succès a commencé à enfler... Ses deux albums suivants, enregistrés en compagnie d’une imposante confrérie baba cool, laissaient entendre une volonté d’émancipation musicale. Malheureusement, nous n’y entendions que peu la voix chevrotante du jeune homme, devenu "barde new age" pour bobos en manque de psychédélisme light. Pire, il nous est devenu agaçant dans les pages de Voici à fricoter avec la mignonne Natalie Portman, ou à la télévision au moment de la pause pipi, un bébé éléphant chantant une de ses chansons à bord d’une Scénic. Pour l’identité « Flower Power » on repassera. Il faudra toutefois réviser son jugement après ce sixième opus, une assez bonne surprise, contre toute attente. Mieux entouré (quelques musiciens de Megapuss, son side project poilant), le Banhart, désormais moustachu, apparait à nouveau concerné par le songwriting sur un album à l’éclectisme inspiré. Si il reste fidèlemant ancré à ses premiers amours tropicalistes (le très réussi “Brindo” chanté en portugais) et à la folk/pop bucolique (la jolie réminiscence du thème d’“Angelika”, “Baby”), What Will Be s’essaie à quelques exercices de styles inattendus — un virage glam/disco (“16th & Valencia”), jazzy (“Chin Chin & Muck Muck”), voire même hard rock seventies (“Rats”). Bien qu’un peu propret dans sa forme, What Will Be dévoile en creux une part d’intimité sincère. Sa coolitude sonne - justement - plus coulée, presque humble. Qui l’aurait cru ?

-  Page Myspace

-  Voir et écouter "Baby" :

Drag City/Pias - 2009

1. Thebes 2. Meditation is The Practice of Death 3. Cremation Gath I 4. Cremation Gath II
OM - God is Good
article écrit par Umut Ungan, le 22 janvier 2010

Après trois albums remarquables, publiés entre 2005 et 2008, la marche incantatoire et saisissante de OM est désormais devenue identifiable. Plus qu’un style spécifique, le duo américain développe surtout une certaine signature musicale à travers laquelle se dessine une forme spirale, un mouvement circulaire et ouvert. En ce sens, God is Good possède bien l’impulsion familière de OM : l’éveil progressif du son basse-batterie (“Thebes”), toujours accompagné de la voix magnétique d’Al Cisneros. Or, ce dernier opus marque un déplacement subtil mais considérable dans l’orientation de la musique envoûtante du duo. Même si le jeu d’Emil Amos (Grails) à la batterie n’a rien à envier à celui du sortant Chris Hakius, la brutalité des albums précédents se trouve ici aiguisée, les contours devenant plus polis et la forme répétitive-méditative plus étendue et riche. Ce que OM perd en verticalité, il le gagne en horizontalité et, par conséquent, en accessibilité. Si les mélodies sont toujours aussi dépaysantes, l’incantation est moins un cri qu’une douce mélodie, enveloppante et séduisante, comme la laisse entendre la flûte dans “Meditation is The Practice of Death” ou encore les deux chants courts et enivrants que sont les “Cremation Gath”. Avec God is Good, les yeux d’OM sont désormais tournés au-delà des barrières raides et hypnotiques, cherchant à embrasser l’harmonie funèbre de la terre et du ciel.

-  Le site officiel de OM

-  En écoute : “Meditation is The Practice of Death”

Utech Records - 2009

1. Premier contact 2. Deuxième contact 3. Totalité 4. Troisième contact 5. Quatrième contact
Aluk Todolo - Finsternis
article écrit par Umut Ungan, le 14 janvier 2010

Si le nom d’Aluk Todolo renvoie à une religion primitive indonésienne, on ne s’étonnera pas de voir dans la musique de ce trio français composé d’Antoine Hadjioannou à la batterie, Shantidas Riedacker à la guitare et Matthieu Canaguier à la basse, un objet que l’on plonge dans la couleur funéraire, un errant aveugle cherchant à dessiner les contours d’un monde indéfiniment obscur. Aluk Todolo constitue une formation musicale que l’on peut qualifier de « classique » quant au choix des instruments dont le jeu renvoie à un univers profondément archaïque, évoquant le rituel et la transe, un monde de passage. Si une frappe régulière dirige l’écoute, la nature du rythme se transforme au fur et à mesure, donnant à voir une ouverture vertigineuse malgré les battements rigides. Ces derniers qui sont de simples pas pour s’orienter au départ, deviendront par la suite des coups pour ouvrir, pour fendre l’obscurité. Quatre mouvements s’articulent autour d’un centre appelé “Totalité”, une sorte de transition lourde entre deux élans et qui constitue le cœur de l’album. Evanescente et ponctuelle au commencement, la guitare affirme une réelle présence dans les “Troisième” et “Quatrième Contact” où la véritable profondeur se fait entendre : en repoussant le seuil de l’intensité, le rythme y devient frénétique, sans pour autant changer de cadence. Quand tout cela se dissipe à la fin et que le calme revient, l’oreille errante est étourdie car elle vient de traverser un abîme. Finsternis d’Aluk Todolo n’est qu’un des chemins possibles qui mène à un monde sans nom où le geste du musicien consiste à organiser l’anarchie, à faire coexister le connu avec l’indéfini, l’inachevé.

-  La page MySpace

-  En écoute : “Quatrième contact”

Moshi Moshi/Discograph - 2009

1. Saddest Summer 2. Let’s Go Surfing 3. Make You Mine 4. Don’t be a Jerk, Jonny 5. Submarine 6. Down by the Water 7. I Felt Stupid
The Drums - Summertime EP
article écrit par Paul-Ramone, le 11 janvier 2010

Quelque part entre l’ascétisme pop des Young Marble Giant et l’aurore boréale dansante de New Order, The Drums pose son paréo là. Avec de telles références issues de la brumeuse Angleterre post-punk, c’est à se demander comment la paire de floridiens Jonathan Pierce et Jacob Graham est parvenue à tirer quelques couleurs estivales de cette esthétique glacialement codée. Dans une critique réactualisée de la hype 2010, The Drums serait le versant lumineux de The XX parti se payer leurs premières vacances sur la côte d’azur. D’ailleurs, avec leur vingtaine flamboyante, les américains juvéniles sont un poil plus vieux que le sombre trio ultra méché. Rien de vraiment neuf sous le soleil factoryen mais, pourtant, les sept titres de cet EP (soit dit en passant le dosage idéal pour ce format) recèlent quelques vertus rafraichissantes. Une electro pop naïve qui assume ses défauts (passeront-ils l’hiver ?), d’un goût certain, voire suffisamment pour susciter l’excitation de nos œillères. Boite à rythme, clavier fluo et guitare concourent à jouer la note minimum syndical et c’est dans cette juste économie que repose le charme de The Summertime EP. À charge, ensuite, pour ce chant maniéré d’enfoncer l’accroche mélodique qui colle et dont on a bien du mal à se dépatouiller le reste de la journée. Car question prise, les additifs “Let’s Go Surfing”, “I Felt Stupid”, “Don’t be a Jerk, Jonny” et “Saddest Summer” font un effet Super Glue 3, à scotcher au plafond (¡¡). Plus dur sera la chute ? Peut-être bien. Pour l’instant, profitons de cette éclaircie d’hiver éphémère mais bienvenue.

-  Site officiel

-  Ecouter et voir “Let’s Go Surfing” :

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