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En marge

Lonely Astronaut/import - 2008
Producteur : Joseph Arthur

1. Rages of Babylon 2. Morning Cup 3. Shadows of Lies 4. Could We Survive 5. Walk Away 6. King of the Pavement
Joseph Arthur - Could we survive
article écrit par Paul-Ramone, le 2 mai 2008

Les admirateurs dévoués savent que parallèlement à ses albums, le songwriter d’Akron sort à cadence régulière des EPs inédits de très bonne tenue. Au point que certains titres du Vacancy EP (1999) ou de la série des Junkyard Hearts (2002) surpassent ses productions plus officielles, c’est dire l’attrait de la chose. Généralement enregistrés dans des conditions budgétaires plus serrées, on y entend l’artiste sous un autre visage, libéré de la pression du long format, se prêter à quelques épanchements plus expérimentaux. Bien que Could We Survive présente une collection de chansons de facture classique, ce mini-album s’inscrit dans cette lignée qualitative. Premier d’une série de quatre qui seront distillés jusqu’en juin, en attendant son cinquième album All You Need Is Nothing, annoncé pour août, ce EP six titres rassurera avant tout sur la constance du folkeux prolifique à pondre avec une certaine désinvolture des mélodies génialement désarmantes. A commencer par l’addictif “Rages of Babylon”, flanqué d’un de ses refrains dont lui seul à le secret. Hormis peut-être “Walk Away”, un curieux gospel sur clavier Bontempi qui vient un peu perturber cet horizon clair, les plages défilent d’un trait, le sourire en coin. Les charmantes quiétudes “Morning Cup” et “Could We survive” n’apporteront rien de nouveau sous le soleil, mais pas de nuage gris non plus à l’horizon. Le prochain EP (8 titres tout de même !), Crazy Rain and Boredom, plus orienté « techno et chaotique », devrait bousculer cette sérénité tout de même de bon aloi.

-  Le site officiel de Joseph Arhtur

Tzadik/Orkhêstra - 2008

1. Part 1 2. Part 2 3. Part 3
John Zorn/Lou Reed/Laurie Anderson - The Stone : Issue Three
article écrit par Fabrice Fuentes, le 29 avril 2008

Troisième épisode discographique d’un projet conçu pour subvenir au fonctionnement du Stone, le club de la scène downtown new-yorkaise dirigé par John Zorn, The Stone : Issue Three réunit aux côtés du prolifique saxophoniste, Lou Reed (guitare électrique) et Laurie Anderson (violon et machines), pour un concert avant-gardiste enregistré en comité réduit. Un set sobrement décomposé pour le besoin du disque en trois parties, elles-mêmes subdivisées en plusieurs mouvements au gré des improvisations mutuelles. C’est à Lou Reed que revient le privilège d’ouvrir les hostilités, d’abord en douceur, à base d’arpèges songeurs, de tâtonnements électriques, d’effets de pédales et d’amplification de plus en plus envahissants puis nerveux, spatialisés à gauche. Rejointe au bout de quelques minutes par le saxophone rugissant de John Zorn, situé à droite, la guitare chauffée à blanc, digne du Metal Machine Music de 1975, tient ensuite la note plus que de raison, enchaîne - ou plutôt déchaîne - une succession de riffs épais et rugueux au son des plaintes et autres soubresauts haletants de l’alto. Au deux tiers du morceau, Laurie Anderson rejoint le duo exténué, disséminant quelques bruitages et nappes sonores qui, tantôt recouvrent la surface de cette musique en train de se (dé)faire, tantôt ouvre l’espace en profondeur, alors que la guitare et le saxophone continuent de rôder comme des présences vagabondes. Encore plus intense, la seconde partie met de façon concomitante les trois forces en présence pour une acmé sonore irradiante où se manifestent des forces expressives d’une rare violence, non exemptes de beauté sauvage. Plus apaisée et centrée sur le travail sonore de Laurie Anderson, la troisième partie fait office de retour au calme, les décibels pleuvent moins qu’ils ne se répandent en fines particules, jusqu’à ce qu’ils soient de nouveau attisés par un ressac de larsens d’où émergent un mystérieux battement organique et d’incisives attaques pulsatiles du saxophone. Malaxée au son des instruments, 48 minutes durant, la matière musicale bouillonnante de The Stone : Issue Three met la frousse, subjugue, ravit, déroute, place l’auditeur au cœur d’un no man’s land musical subversif, qui n’est rien d’autre que la création à l’état pur.

-  Le site de Tzadik
-  Le site de Orkhêstra

Warp/Discograph - 2008

1. Altibzz 2. PLC 3. Io 4. Plyphon 5. Perlence 6. Sonderemawe 7. Simmm 8. Paralel Suns 9. Steels 10. Tankakern 11. Rale 12. Fol3 13. Fwze 14. 90101-5l-L 15. BNC Castl 16. Theswere 17. WNSN 18. Chenc9 19. Notwo 20. Outh9X
Autechre - Quaristice
article écrit par Fabrice Fuentes, le 28 avril 2008

Référence majeure en matière d’electronica, genre qu’il a contribué à inventer de toutes pièces dans les années 90, le groupe Autechre, tout comme son ex-compère de label Aphex Twin, peine à trouver un second souffle depuis quelques années (on rappellera juste ici pour mémoire que la musique du duo anglais fut la principale source d’inspiration de Radiohead au moment d’enregistrer leur fameux diptyque Kid A/Amnesiac en 2000). Plus précisément, depuis le beau et ardu Draft 7.30 (2003) Sean Booth et Rob Brow œuvrent davantage à une synthèse de leur art qu’à se réinventer dans la forme. Après un redondant Untitled (2005) et la compilation AEO3/3HAE (2005), leur neuvième album Quaristice a même tout d’un retour aux sources : éclectique et plus accessible, ce disque décline des ambiances atmosphériques, des constructions rythmiques abstraites et de minimalistes précis mélodiques qui renvoient à différentes périodes de leur riche parcours. Forcément un tel revirement, pour qui appréciait chez le duo le côté obsessionnel du propos, aura un effet déceptif, le groupe pouvant donner l’impression de thésauriser à présent ses acquis. Une approche un peu courte qui ne saurait rendre justice au savoir-faire imparable d’Autechre et à sa capacité éminemment supérieure à composer des morceaux virtuoses, foisonnants et toujours étonnants. D’autant que Quaristice a été conçu sous les auspices d’une fraîcheur et spontanéité nouvelles, héritées d’expériences live récentes et que le groupe a eu le souci de varier les plages, plus nombreuses et condensées ; menues audaces mais signe malgré tout que le duo ne se contente pas de reproduire stricto sensu ses anciennes copies. En fait, la légère réserve qui gît au cœur de Quaristice se montre tout autre : elle est liée au sentiment d’écouter une musique qui n’est plus vraiment synchrone avec son temps. Quelque chose semble étrangement daté, fixé à une époque pas si lointaine mais peu en phase avec les affres du présent. Et Autechre de réussir, sans céder aux sirènes de la nostalgie, ce curieux paradoxe : enregistrer aujourd’hui un grand disque d’hier.

-  Le site de Autechre
-  Leur Myspace

Yolk/Anticraft - 2008

01. Filature 02. Route 67 03. Valse fluctuante 04. La fête au village 05. Chemin buissonier 06. Folk song 2 07. Standard commun 08. Les coulisses slavonneuses 09. Free tango 10. Bone’(s) contact
LPT.3 - Déjà 7h !?...
article écrit par Fabrice Fuentes, le 25 avril 2008

A formation originale, musique qui ne l’est pas moins. Soit donc un duo cuivré (Jean-Louis Pommier au trombone, François Thuillier au tuba) et un batteur sans peur ni reproche (Christophe Lavergne) partis sans boussole et à tout berzingue sur les routes d’un jazz à la liberté fanfaronne. Dix morceaux avec sous-titre indicateur (exemple parmi tant d’autres pour “Chemin buissonnier” : « Chemin interdit et pourtant nécessaire ! »), qui perdent le Nord (“La fête au village”), virent à l’Est (“Folk Song 2”) et font valser le temps comme bon leur semble (“Valse fluctuante”). Rien de très sérieux, rien d’anecdotique non plus. Voici un trio superfétatoire aux antécédents et participations multiples (ONJ pour Pommier, Martial Solal, Andy Elmer et le Brass Trio pour Thuillier, le Gros Cube pour Lavergne), épris de rythmes et de souffles au-delà des carcans musicaux bien comme il faut. Ne fuyant pas la mélodie, ni les improvisations débridées, LPT.3 privilégie l’énergie au calcul, l’affect à l’intellect, mélange rondeurs chatoyantes (les basses profondes du tuba sur “Folk Song 2”) et échardes sonores (couinements, growl et effets de piston sur “Route 67”, “Free tango” ou “Les coulisses slavonneuses”) sans distinction et avec une intelligence pragmatique qui remue les sens. « Bone de trombone ou bone de l’anglais os, en référence au squelette qui nous porte et qui parfois danse... » est-il encore noté à propos de “Bone’(s) contact”, le morceau qui clôt l’album et cette manière de récit musical dansant, commencé « une nuit dans une ville endormie » avec “Filature”, puis poursuivi ensuite loin des autoroutes hexagonales sur de jouissifs chemins de traverse.

-  Le site de Yolk

ECM/Universal - 2008

1. Prometheus 2. Migration of Spirit 3. Booker’s Garden 4. Ramanujan 5. La Colline de Monk 6. Sweet Georgia Bright 7. Rabo de Nube
Charles Lloyd Quartet - Rabo de Nube
article écrit par Fabrice Fuentes, le 18 avril 2008

On pourra trouver quelque peu paradoxal qu’à l’occasion du concert donné en Suisse pour fêter ses 70 ans, évènement important s’il en est, Charles Lloyd enregistre un album nettement en deçà de ceux qu’il a sortis ces dernières années chez ECM (dont notamment le formidable et inusable Which Way is East, 2004). Contraste d’autant plus frappant que ce nouveau disque succède à un autre live, Sangam (2006), où le saxophoniste, accompagné d’Eric Harland (à qui il revient la lourde tâche de suppléer avec brio au regretté batteur Billy Higgins) et Zakir Hussain (tabla, percussions), brillait de mille feux (y compris au piano, au taragato et à la flûte alto). Sur Rabo de Nube, qui emprunte son nom à une chanson du musicien et poète cubain Silvio Rodriguez, seule reprise (mollassonne) parmi un répertoire de sept morceaux originaux, la flamme semble justement manquer de cette envergure qui lui faisait incendier un horizon aux infinies possibilités. L’ardeur hard-bop inaugurale de “Prometheus” ne sera ainsi qu’un rideau de fumée laissant place à une inspiration et un lyrisme par trop prévisibles. Non que Rabo de Nube manque de rythme (l’envolée piano/contrebasse/batterie de “Booker’s Garden” atteste par exemple d’une belle énergie de groupe), mais la fièvre demeure comme sous contrôle, plus au stade finalement de velléités que d’une ferveur communicative qui ne relèverait d’aucun petit arrangement avec la douce mélancolie. Même l’incursion, à présent habituelle, du côté d’une world affranchie (“Ramanujan”) séduit en raison du jeu à la fois élégant et physique au piano de Jason Moran (assurément l’aspect le plus passionnant du disque), plus qu’elle ne donne lieu à un déplacement bienvenu de perspectives ou tienne d’une impérieuse nécessité. Plaisant mais mineur.

-  Le site de Charles Lloyd
-  Le site de ECM

Reset Junior/EMI - 2008

1. Into the open 2. Universe 3. The kill 4. Hush 5. Bless 6. Stars and moonlight 7. Let it be no fears 8. Embrace my madness 9. Human nature 10. My shelter for you 11. Despedida 12. From me to you
Kolja - Wide Open
article écrit par Christophe Leiciaguecahar, le 17 avril 2008

Kolja - un diminutif de « Nicolas » en russe - était jusqu’à présent un talentueux musicien à l’ombre de groupes qui ont en commun une certaine grâce musicale (Ollano, Nouvelle Vague ou Bang Bang). A l’instar de Peter Von Poehl il y a quelques années, il décide de se lancer dans l’aventure solo en attirant les projecteurs sur ses chansons mélancoliques. Or là où le Suédois transcendait la pop évanescente par des mélodies crève-cœur et des arrangements divins jamais entendus jusque-là (ou presque), Kolja se réfugie dans une veine bien plus classique, aux références instantanément identifiables, parmi lesquelles ses précédents employeurs. Et c’est là que le bât blesse. Malgré un sens certain de la composition classieuse, des arrangements satinés et des mélodies automnales évidentes (on sent le musicien aguerri et reconnu), le songwriter ne parvient pas à s’élever au rang visé. Privilégiant la forme au fond, certains titres peuvent épater par leur éclat sonore. Mais il manque ici un vrai courage. Empesé par un chant timoré et très (trop) souvent passe-partout, Wide Open ne brille vraiment pas par son originalité. Et quand Kolja durcit le ton sur quelques brulôts perdus on ne sait trop comment, il s’enfonce encore un peu plus tant l’électricité va mal à cette voix impersonnelle. On identifie facilement le désir de tendre vers un songwriting pop ambitieux tel que magnifié par les regrettés Elliott Smith et Jeff Buckley, ou de suivre le chemin tracé par Ron Sexsmith ou Josh Rouse. Mais quitte à s’engager dans ces circuits archi-balisés, autant s’assurer d’être porteur au mieux d’une nouvelle approche, au pire d’un message. Certes, Wide Open est plaisant à plus d’un titre, agréable, coulant, courtois même. Il y manque juste une vraie douleur, une zébrure irréparable, ou à tout le moins un peu de culot. Rien de tout ça ici, juste un savoir faire incontestable. Dommage pour Kolja qui finit par nous ennuyer malgré un a priori franchement positif dû à son CV.

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Warner Bros - 2008

1. Charity case 2. Who’s gonna save my soul 3. Going on 4. Run (I’ma a natural disaster) 5. Would be killer 6. Open book 7. Whatever 8. Surprise 9. No time soon 10. She knows 11. Blind Mary 12. Neighbors 13. A little better
Gnarls Barkley - The Odd Couple
article écrit par Christophe Leiciaguecahar, le 15 avril 2008

Danger Mouse, un des plus grands producteurs hip hop en activité (Gorillaz ou The Grey Album, c’est aussi lui), se devait de prouver que l’énorme carton dont bénéficia St. Elsewhere (2006), porté par le torride “Crazy”, était tout sauf un hasard. Et de fait, The Odd Couple relève très largement le défi. St. Elsewhere avait fait danser la Terre entière avec un mélange festif et particulièrement intelligent de hip hop, soul, R’n’B et pop. Cee-Lo Green, l’autre moitié de Gnarls Barkley, n’avait plus qu’à s’amuser comme un petit fou avec sa voix descendue du ciel. The Odd Couple reprend les mêmes éléments tout en creusant le débat, révélant davantage encore les sources où s’abreuve le groupe. Le R’n’B, passé à la moulinette du duo, en ressort sous les traits fatigués d’une tuerie de fin de nuit, accompagnant malicieusement les derniers danseurs au pied du dance floor. Exemple, “Charity Case”, placée en début d’album, comme pour donner une tonalité enfumée et cotonneuse à la suite. De même, quand Gnarls Barkley s’attaque à la soul, on croirait entendre un remix d’un standard de chez Stax, la signature de la musique black dansante et colérique - “Neighbors”, “Who’s Gonna Save My Soul” chantée par le fantôme d’Otis Redding, ou le single “Run” qui convoque Aretha Franklin sur Demon Days de Gorillaz. Mâtiné de trip-hop, l’ensemble du disque procure un sentiment étrange de volupté chimique qui tranche avec la voix authentiquement féline et tellement puissante de Green. Bien sûr, il était obligatoire pour Gnarls Barkley de pondre un tube, le single qui devrait truster les ondes. En l’occurrence, c’est “Surprise” qui en présenterait tous les atouts, avec sa guitare surf, sa rythmique endiablée, son refrain hautement adhésif et ses chœurs gospel électrisés par un Cee-Lo Green déjanté. Un deuxième album éclatant, robuste, infiniment intelligent, mais qui n’oublie pas sa destination première, la moiteur des pistes de danse, même au petit matin.

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Chikaree/Discograph - 2008

1.Infinite down 2.Looking for a friend 3.I feel alive in the city 4.Je range 5.Everything is not the same 6.Josieanna 7.People can’t stand the truth 8.Quand même content 9.L’opaque paradis 10.Giving up the hero
Zita Swoon - Big Blueville
article écrit par Christophe Leiciaguecahar, le 14 avril 2008

Pour la majorité des groupes, le passage du disque à la scène, malgré toute l’excitation et les enjeux, est une véritable épreuve, et parfois un calvaire. Pour Zita Swoon, c’est l’inverse qui semble (de plus en plus) compliqué. Mirifiques sur scène, les Belges n’arrivent plus à produire des disques dignes de ce nom. On a même peine à croire que la tête pensante du groupe, Stef Kamil Carlens, fut, au sein de dEUS, cosignataire d’un des disques les plus imposants des années 90 en Europe, l’incontrôlable In A Bar Under The Sea (1996). Où est la folie ? Où se cache le génie débridé ? Qu’est devenu ce musicien totalement désinhibé que rien n’arrêtait ? Il s’est progressivement rangé en musicien banal qui livre régulièrement des disques banals, souvent corrects, mais aussi parfois mauvais (A Song About A Girls, 2005). Big Blueville voit les anversois collaborer avec l’ami Miossec qui semble plus sec que jamais car, disons le de suite, les quatre titres en français de Big Blueville sont à l’image du pays dont est originaire le groupe (selon Brel) : désespérément plats. Heureusement, l’anglais demeure encore la langue de prédilection de Zita Swoon. Mais cela ne sauve pas complètement ce disque. Musicalement, le choix tantôt bastringue, tantôt reggae, tantôt folk, sous des arrangements acoustiques soutenant la voix cassée de Carlens, convainquent difficilement. Ici et là, certaines mélodies promettent de beaux moments (les trois premiers titres sont en cela tout à fait réussis, et tout particulièrement “Looking for a Friend” et son piano enjôleur), mais l’ensemble semble comprimé dans une pièce bien trop étriquée pour ces forains. Gageons que la version scénique sera autrement plus réjouissante, comme toujours chez eux. C’est dommage car, malgré tout, le capital sympathie de Zita Swoon possède encore de beaux jours devant lui, et Carlens est un chanteur émouvant et puissant capable de bien mieux que cette musique de « balloche ». Il est donc urgent pour eux de reprendre goût au danger, car la sympathie aussi ça dure un temps.

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Minimum - 2007

1. Someday 2. Give it a try 3. September 4. Portrait 5. Big Ben 6. Clay House
Alban Dereyer - Underneath This Myrtle Shade
article écrit par Paul-Ramone, le 10 avril 2008

Avec quelques mois de retard, nous découvrions début mars l’esthète pop Alban Dereyer dans le cadre cosi de la 1ère édition du festival Minimum. Ce soir là, (presque) seul au piano, le parisien a raflé avec mention son diplôme devant un jury prestigieux constitué de maîtres orfèvres du genre : David Mead, Jim Noir, Luke Temple, sans oublier notre mascotte nationale Fugu. Il faut dire que les six compositions supérieures de Underneath This Myrtle Shade placent d’emblée la barre très haute. Cet écrin aux touches noir et blanc suranné - subtil rappel de la prédominance du piano - trahit déjà malgré son épure une propension à la symphonie renversante : un songwriting lettré fignolé jusqu’à rendre la copie parfaite (“Someday”, “Big Ben” et ses chœurs lyriques précieux) et une voix éloquente qui invoque à bon escient la mélancolie d’automne. Ce grain dandy aristo le rapprocherait a priori du Neil Hannon balladeur de Promenade, (“Give It a Try” augmenté d’un peu de bois folk) mais l’esthétique se veut davantage placée sous le sceau de la suprême pop baroque sixties : Harper’s Bizarre, Colin Blunstone ou l’excentrique Biff Rose (Dereyer est admirateur et le reprend en concert). Tout cela ne manque pas de cachet, et l’on jurerait même avoir déterré une démo perdue du sacro-saint The Left Banke au détour de “Portrait”... A moins que ce ne soit notre indécrottable faiblesse pour ce romantisme au chandelier qui influe sur notre jugement. Mais permettez-nous d’en douter.

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CIMPoL - 2008

1. Escape from the Shadows 2. Freedom to Choose 3. More Violets 4. The Open Door 5. Rainbow Crossing 6. A Poetic Resonance 7. Variations on God Bless the Child
Joe McPhee & Dominic Duval - The Open Door
article écrit par Fabrice Fuentes, le 4 avril 2008

Devant une salle médusée, dans la quiétude d’une journée finissante de juin 2000, au Suoni Per Il Popolo Festival de Montréal, Joe McPhee converse avec Dominic Duval, son comparse du Trio X. Le moment, à peine perturbé par quelques applaudissements enthousiastes, émouvant autant que peut l’être une rencontre inscrite sous le signe de la confidence entre amis, requiert une attention toute particulière. Après quelques premières minutes passées à tâtonner, se doser et poser les bases de ce qui s’apparentera, sur le mode d’un rituel, à un échange vibrant de solitudes, le duo saxophone alto/contrebasse atteint rapidement une stupéfiante intensité. Dans le dessin des sonorités et la conversation des timbres s’entend une géographie de l’intime, exposée par fragments, éclairs et altérations rythmiques. Des profondeurs du corps McPhee tire une sève organique dont les montées successives sont autant d’inquiétudes soufflées hors de soi, bientôt dissipées dans l’espace tel un murmure. Tout aussi concentré et disposé à faire entendre sa musique intérieure, Duval fait preuve de complicité, sinon d’empathie et soutient les expansions solitaires de l’alto, en intensifie la nature imprévisible, en souligne la musicalité triomphante, porte au diapason l’émotion à son comble. Quand bien même le pouvoir de la nuit aurait tendance à infléchir les corps gagnés par la lenteur, le tourbillon de musiques renaît de plus bel, en un surgissement de forces viscérales. Conjurer le silence, s’en extirper ou le laisser envahir l’espace. Ailleurs, ouvrir la porte et inviter une mélodie serpentine, comme un courant d’air. Parfois, autoriser les bouches à crier, violenter les instruments, remettre en jeu chaque instant le danger de jouer. Entre emportement et méditation, au plus près de l’histoire (de l’intime, du jazz, de l’improvisation, de la modernité), The Open Door, grand disque où se raconte dans l’instant, à fleur de notes, deux vies atemporelles.

-  Le site de CIMPoL

Ayler - 2008

1. Oh Shit 2. Slow Dance 3. Bow Dance 4. Dusk
Drake/Gahnold/Parker - The Last Dances
article écrit par Fabrice Fuentes, le 2 avril 2008

La marque des grands musiciens, au-delà de leurs compétences avérées, réside également dans leur capacité à être de généreux passeurs de sons et d’humbles éclaireurs de talents ignorés. Il en va ainsi du contrebassiste William Parker, initiateur du présent trio axé autour du saxophoniste suédois Anders Gahnold, plutôt méconnu hors des frontières de l’Europe du Nord. Suite du précédent And William Danced (2002), aussi signé sur Ayler Records, The Last Dances est un nouveau témoignage des sessions enregistrées à Stockholm en Avril 2002, en compagnie du batteur Hamid Drake. On y (re)découvre sur quatre free dances d’envergure l’alto accompli de Gahnold, expressif sans recherche éperdue d’originalité ni cabotinage, encadré par une rythmique hors pair qui ne cesse de lui tourner autour pour mieux susciter à l’unisson son libre élan. Une proximité de point de vue rendue éloquente grâce à une prise de son très réaliste, qui met l’accent sur le caractère incisif des instruments. Comme en témoignent les soli successifs de Parker puis Drake à mi-morceau de “Oh Shit”, occupant tour à tour un espace physique défini avec exactitude, puis l’explorant dans toute sa profondeur de champ. A l’initiative sur “Slow Dance”, la contrebasse impulse plus loin les phrases de l’alto, gerbes d’éclatement contenues, soulignées en fond par une batterie pointilliste. Cette dernière retrouvera toute son arrogance sur le moment fort du disque, “Bow Dance”, morceau haletant où, après avoir déposé l’archet, Parker se livre à un face-à-face rythmique inquisiteur avec Drake, auquel assiste presque intimidé Gahnold. En conclusion, “Dusk” déploie un fil mélodique bluesy limpide, progressivement noué et dénoué au gré des poussées du saxophoniste, toutefois pas suffisantes pour, littéralement, emporter le morceau. A l’instar de cet album d’excellente facture, jubilatoire dialogue entre musiciens avertis, mais dont l’interaction semble au final dénuée de vrais enjeux.

-  Le site de Ayler Records

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