 |
ECM/Watt/Universal - 2007
1. One banana
2. Two banana
3. Three banana
4. Four
5. Five banana
6. One banana more
7. Liver of life
8. Death of superman
9. Ad infinitum
|
 |
Carla Bley - The Lost Chords find Paolo Fresu
article écrit par Fabrice Fuentes, le 8 février 2008
On en avait presque oublié combien Carla Bley était une compositrice sensible. Suffisamment passionnant pour ne pas nous lasser, son travail d’écriture s’est développé ces dernières années essentiellement au sein de formations étoffées, parfois guettées par la rigidité mécanique et la sécheresse cérébrale, des big bands affûtés qui donnaient en fait toute leur (dé)mesure sur scène. Plus intimiste, le quartet de The Lost Chords (Steve Swallow à la contrebasse, Billy Drummond à la batterie, Andy Sheppard aux saxophones ténor et soprano), avec lequel elle avait enregistré un album en 2003, lui permet de poser le jeu et de développer une fibre émotive bienvenue, toutefois dénuée de pathos. A l’origine de The Lost Chords find Paolo Fresu, on trouve pourtant un concept quasi mathématique autour du chiffre cinq, décliné à l’envi (5 musiciens, 5 mesures, 5 sections, des intervalles en quinte, une main à 5 doigts, etc), jusqu’à la banane : « Les bananes poussent en régimes et en anglais un régime est souvent appelé "main" », précise encore Carla Bley. Quelque peu tiré par les cheveux, le cheminement de la pianiste fait montre d’un humour malicieux et conduit à des compositions intitulées “One Banana”, “Two Banana”... jouées par le Banana Quintet. Outre ce délicieux délire, on trouve sur l’album, son meilleur depuis des lustres, un morceau dédié à l’acteur décédé de Superman, Christopher Reeves, qui met encore un peu plus en évidence l’esprit à la fois léger et grave que sous-tend un tel projet. Pour le reste, les plages forment une suite parfaitement dense et homogène, qui évolue en une succession de mouvements amples et harmonieux, à la densité graduellement croissante (“Four” est à ce titre un sommet d’intensité, notamment lors du solo de Drummond soutenu par les ostinatos conjoints du piano et de la contrebasse). Déterminant, l’apport de Paolo Fresu confère ce supplément de poésie et de douceur, de pureté mélodieuse proprement poignante. Plus que le trompettiste italien, Carla Bley et ses fidèles musiciens ont trouvé à ses côtés la Beauté.
Le site de Carla Bley
Le site de ECM
|
|
 |
 |
 |
ECM/Universal - 2007
1. Estate
2. The Third Man
3. Sun Bay
4. retrato Em Branco Y Preto
5. Birth Of A Butterfly
6. Cumpari
7. Sweet Light
8. Santa Teresa
9. Felipe
10. In Search Of Time
11. Retrato Em Branco Y Preto, var.
12. Birth Of A Butterfly, var.
|
 |
Enrico Rava/Stefano Bollani - The Third Man
article écrit par Fabrice Fuentes, le 7 février 2008
Un trompettiste (Enrico Rava) et un pianiste (Stefano Bollani) s’isolent à l’Auditorio Radio Svizzera de Lugano, en Italie, afin de réaliser un album intitulé The Third Man. Sur la pochette du disque, dans le coin en bas à gauche, deux pieds prolongent une ombre hors-champ. Si le passé cinématographique d’Enrico Rava, auteur en 2004 d’un magnifique Tati (sur lequel figurait déjà Stefano Bollani), et le noir et blanc expressionniste de la photo convoquent immédiatement le célèbre classique éponyme de Carol Reed, la présence tierce suggérée par ces deux chaussures énigmatiques invite aussi à voir en la personne du producteur Manfred Eicher ce fameux « troisième homme ». Deux musiciens dialoguent, et l’autre, attentif, bienveillant, écoute, laisse se dérouler une musique entre chien et loup, qu’il cadre moins qu’il ne la met en scène, en souligne les accents dramatiques et laisse advenir le profond lyrisme dont elle se nourrit. Par deux fois, la ballade “Retrato Em Branco Y Preto” d’Antonio Carlos Jobim est reprise par le duo, un indice que sous ce jazz volontiers hiératique couve une chaleur toute latine, un goût prononcé pour les mélodies captivantes. On connaissait déjà l’attirance sans distinction qualitative de Stefano Bollani pour la chanson populaire et savante, qu’il mit dernièrement en exergue sur son album Piano Solo. De même, Enrico Rava se plait depuis de nombreuses années à souffler avec un semblable élan sur diverses musiques, allant du free jazz à la musique contemporaine, en passant par la chanson folklorique italienne. Il manifeste par ailleurs un penchant de plus en plus prononcé pour les tonalités feutrées, les lignes claires et le non-joué, caractéristiques centrales de ce nouveau projet. L’alliance des deux musiciens, faits pour s’entendre, confine ainsi à une épure bouleversante et raffinée, où la rigueur d’écriture n’exclue nullement la prise de risques et l’improvisation. Partie de cache-cache, disque noir, thriller sonore, The Third Man décline une majestueuse gamme d’affects qui imprègnent durablement l’oreille.
Le site de Enrico Rava
Le site de Stefano Bollani
Le site de ECM
|
|
 |
 |
 |
One Little Indian/Discograph - 2008
Act1 : Love Lust
1.Ruben’s Tattoo
2.Crown Of Thorns
3.Owls
4.Devil Needs You For His Squeeze
5.Like Kim Novak
6.Prayer To Old Idols
7.I Bought A Rose From The Guy At The Traffic Lights
8.Likes Of You And Me
9.Interlude
Act 2 : Love Lost
10.Pilgrim Hill
11.Wretched Sinner’s Song
12.She Lets Me In By The Back Door
13.Loser Heaven
14.Just Another Night In Limbo
15.Barbarella
16.Montparnasse
17.On Porthcawl Sands
18.Time For Miracles Is Past
|
 |
Songdog - A Wretched Sinner’s Song
article écrit par Christophe Leiciaguecahar, le 6 février 2008
Originaires du Pays de Galle (Blackwood) et basés à Londres, Lyndon Morgans (auteur-compositeur, chant, guitare), Karl Woodward (guitare électrique, clavier, harmonica, banjo, mandoline) et Dave Paterson (batteries, percussions, claviers, accordéon) livrent ici leur quatrième album. A Wretched Sinner’s Song - littéralement une chanson de pauvre pêcheur - a la prétention de décrire les hauts et les bas d’une relation amoureuse. Malheureusement, usant de tous les clichés et sous couvert de folk charnelle, Songdog souffre d’une absence totale d’originalité. Apparemment très branché sur la poésie, Lyndon Morgans, s’il est fortiche en récitation, est un piètre auteur. Orgie d’images maritimes, débauche de bons sentiments, citernes de guimauves, il n’esquive aucun poncif. Il faut entendre “Montparnasse”, qui donne une version carte postale de Paris que même Walt Disney n’a jamais osée. Et cela serait moins gênant si ses textes expiatoires n’étaient appuyés par des musiques terriblement ennuyeuses. Le pire, dans ce naufrage, demeure sa voix geignarde, une voix qui parviendrait presque à faire passer Tom McRae pour Pete Doherty. Cet interminable album (18 titres !) endort au début et irrite profondément à la fin. Le disque terminé, on rêve de prendre le premier avion pour Venise et massacrer tous les joueurs de mandoline qui auraient la mauvaise idée de croiser notre chemin. Toutefois, surnagent certaines ballades à peu près potables si elles n’étaient noyées dans une telle mélasse. Il faut donc chercher, zapper, ou lire une chronique. Dont acte : “Like Kim Novak”, “Pilgrim Hill” et deux ou trois passages ici et là. Pour le reste, épargnez-vous 67’50 de torture lacrymale. Elle est partie et, franchement, elle a bien fait.
Leur MySpace
|
|
 |
 |
 |
Yolk/Anticraft - 2007
01. Où Je Vais la Nuit
02. Autour des JArdins Anglais
03. Chanson des Jours Bénis
04. murmures
05. lost in copenhagen
06. Copenhague
07. le jardin botanique
08. compilation jazzistique
|
 |
Le Gros Cube vs Katerine - Le Pax
article écrit par Fabrice Fuentes, le 5 février 2008
Rien de surprenant à ce que le trublion Katerine, intronisé nouvelle star de la chanson française débridée, défie les attentes du public avec un album d’obédience ouvertement jazz et prenne ainsi le contre-pied du précédent Robots après tout (2005) - dont on ne saurait trop re-conseiller l’écoute/visionage de sa version enlivée Border Live + Studio Live (2007). Jouer les crooners de charme, avec le soupçon de détachement et de flegme bogartien qui le caractérisent, il s’était déjà essayé à pareille entreprise sur le mélancolique Une histoire d’amour (2000), un album fort réussi enregistré avec l’égérie de la Nouvelle Vague, Anna Karina. Cette foi-ci, point de mariage d’amour mais un Pax avec le saxophoniste et tête chercheuse Alban Darche, leader de l’orchestre protéiforme Le Gros Cube. Huit titres, alternant morceaux chantés et instrumentaux, tracent les grandes lignes d’une union libre où paroles et musique se filent le train, s’arrangent à merveille de leurs différences, s’amourachent un temps pour vaquer chacune de leur côté celui d’après. Où va le romantique Katerine la nuit ? Dans ses draps, à la recherche d’une féminité à lui offerte, endormie mais secrètement arpentée par ses pensées vagabondes. A moins qu’il ne se perde dans les hilarantes chausse-trapes des "Jardins anglais". A qui le dandy Katerine a appris “La Chanson des jours béni” ? A celle qui s’est enfuie sans dire merci, celle dont il ne reste que le souvenir fugace, la silhouette partie en fumée, l’ombre évanescente dessinée par les cuivres sur le nostalgique “Murmures”. Pourquoi ne faut-il pas parler à Katerine de “Copenhague” ? Parce qu’il y fait trop chaud à Noël (l’accélération du tempo et l’intervention de la guitare électrique de Gilles Coronado à mi-morceau signifient la violence du déchirement amoureux) et qu’on en revient pas, ou seul. Qu’a découvert Katerine, un dimanche, “Au jardin botanique” ? Qu’elle était morte. Elle ? la passion, son odeur, sa couleur, sa mélodie enivrante. Pas de quoi se laisser abattre, tant que la musique l’enterra de la sorte, avec joie et insolence, la nôtre pour ces deux Nantais (et leurs amis) demeura bien vivante.
La page Myspace de Le Gros Cube.
Le site de Yolk.
|
|
 |
 |
 |
ESP/Orkhêstra - 2007
1. Early History/The New Music [Interview]
2. Sunny Murray - 1 [Interview]
3. Phase 1.2.3.4
4. Hilariously
5. Angels and Devils
6. Giblet
7. Recap Session [Interview]
8. Musicians and Magic [Interview]
|
 |
Sunny Murray - Sunny Murray Quintet
article écrit par Fabrice Fuentes, le 4 février 2008
Cela se passe en juillet 66. Cet été-là, une tempête free s’abat sur New York. Aux baguettes, Sunny Murray, complice en trio de Robert Ayler et Gary Peacock, protégé de Cecil Taylor, célèbre au sein d’un quintet d’exception la folie furieuse d’une musique frénétique. Cinq subjectivités libérées, sculptent dans la masse une matière sonore inouïe, incendient le passé, se projettent dans l’avenir. La batterie, déterminée, puissante, imperturbablement percutée par saccades, martèle une cadence infernale, presque tribale dans ses accents de sauvagerie et sa présence hypnotique. Tout aussi ahurissante, la contrebasse d’Alan Silva agit comme une menace sourde et reconduite, bourdonnement inquiétant assimilé au bruit tempétueux du vent. Conjointement, les cuivres exaltés (Jacques Coursil à la trompette, Jack Graham et Byard Lancaster au saxophone alto) s’engouffrent dans le semblant de mélodies, s’insinuent ici et là comme des gémissements, décharges pulsionnelles venues du tréfonds de corps emportés, vitalité qui ne recule devant aucune limite. Cosmogonie endiablée, tonitruante extériorisation, défi aux règles harmoniques élémentaires, cette réédition parfaitement remastérisée de l’oublié Sunny Murray Quintet constitue une expérience sonore captivante et éprouvante. Seule réserve : la présence d’interviews récentes du batteur (âgé de 71 ans) et du fondateur d’ESP, Bernard Stollman, découpées en plusieurs moments intercalés entre les morceaux, qui hachent le début du disque et deviennent rébarbatives lors d’écoutes répétées. En dépit de ce choix surprenant de découpage, cet album s’impose comme un document musical indispensable sur une révolution musicale riche en free sons.
Le site de Orkhêstra.
|
|
 |
 |
 |
Freaksville Records/COD&S - 2007
1. La Mystérieuse Aventure
2. The Dragonflyman
3. 69 Love Songs
4. Insectorama En Mélodie Pop
5. Saligotte Sally
6. Ninja Fury
7. Plutonium Baby
8. Love ADN
9. The Takeshi ATT Cloning Love Machine
10. Plutanus 91
11. The Last Ninja
12. L’Enfant Cosmique Serotonine Trumpet Blues
|
 |
Miam Monster Miam - L’Homme Libellule
article écrit par Christophe Leiciaguecahar, le 1er février 2008
En même pas 30 ans et déjà 7 albums au compteur, le touche à tout Benjamin Schoos, alias Miam Monster Miam, peut être qualifié de musicien prolifique. Le liégeois prend d’ailleurs l’expression "touche à tout" à la lettre, alternant les univers (télé, radio, musique...) et les métiers (il est aussi fondateur du label « bubblegum pop » Freaksville qui héberge entre autres Jacques Duvall, iconoclaste en chef). Et il applique cette boulimie artistique à sa musique, L’Homme Libellule en est une preuve irréfutable. Un très vieil ami, maniant la mauvaise langue avec aisance, aime à dire qu’« être polyvalent c’est être mauvais partout ». On ne saurait juger de ses activités parallèles, mais pour ce qui est de la chose musicale, Schoos s’assoit sans coup férir sur cet adage. Ce septième album, qui entend rendre hommage à la SciFi, Gainsbourg et John Lennon entre autres, est un formidable melting pop déjanté. Sous ces mélodies sucrées, un brin graves, Miam Monster Miam livre des paroles insensées, formidablement décalées. Sa voix de crooner bleuté se promène sur des arrangements tantôt jazzy, tantôt electro-kitsch, tantôt pop-rock, voire carrément bricolés sur un vieux Commodore 64. Et le résultat vaut le détour. On pense à un Jérôme Minière qui aurait abusé du Malabar, ou un Marc Gauvin qui aurait troqué la bossa et le tcha-tcha contre un stock de bons vieux Yamaha millésimés 1987. Cet humour ravageur et ce penchant pour les chemins de traverse ne rendent pas Miam Monster Miam indigeste pour autant. Bien au contraire, L’Homme Libellule est une vraie malle aux trésors, regorgeant de pépites tellement uniques que l’on peinerait à les fourguer au marché noir, même à Anvers. Il est salutaire parfois de prendre un aller simple pour une destination inconnue sur une compagnie aérienne euphorique, surtout si le Commandant de Bord a le bon goût de s’appeler Miam Monster Miam.
Son MySpace
Le site de Freaksville Records
|
|
 |
 |
 |
Flying Rats/May I Records - 2008
1. Intro : Pachyderme Radio
2.27’
3. Ultra Pop
4 .Skip Ling
5 .We’re Gonna Get Through This
6. The Box
7. Sunday Mornings (Are Gone)
8. Dipsomania
9. My Tamagoshi !
10. Dirty Little Pretty Scary Thing
11. Still A Mess
12. Dune
|
 |
L-Dopa - Pachyderme Garage
article écrit par Christophe Leiciaguecahar, le 29 janvier 2008
L-Dopa est un groupe de l’ombre, avec pour seul objectif celui de briser les frontières, décloisonner le rock. Pachyderme Garage, leur deuxième album, répond parfaitement au cahier des charges que le quintet s’est imposé puisque, solidement ancré dans le stoner, il puise dans le funk, la musique tzigane, le blues, le punk, avec quelques touches de cold. Sous sa couverture douteuse, cet album se révèle ainsi un patchwork aventureux, soutenu par des compositions sourdes et dépressives. La voix du Hollandais Eddie Vader (il n’y a pas de faute, malgré les apparences plus qu’orthographiques) alourdit un peu plus le propos, imposant à leur musique une ambiance d’apocalypse. Certes, il faut une assurance à la hauteur de cette ambition, et le groupe n’en manque pas. Se jetant têtes baissées dans leurs sculptures coupantes, les cinq musiciens font se fondre autant de cultures et d’univers musicaux dans un chaudron fumant. Et le résultat vaut le détour. On peut tout au plus regretter un mixage hésitant qui n’améliore pas quelques approximations dans l’interprétation. Néanmoins, les parisiens sont dotés d’une plume téméraire, à même de fournir des compositions alléchantes qui doivent probablement tout déchirer sur scène - en attestent les morceaux les plus violents du disque tels “The Box”, “Ultra Pop”. En effet, si les compositions les plus lentes ne sont pas forcément convaincantes, c’est quand ils haussent le ton que les L-Dopa sont les plus puissants et efficaces. Un album qui sent le labeur, la sueur et la foi.
Leur MySpace
|
|
 |
 |
 |
Jive Epic/Sony BMG - 2008
1. Roméo Pour Juliette
2.La Fin Du Pétrole
3. Mars
4. Les Lycéennes
5. Sous La Lune
6. Costume De Nonne
7. Si T’es Pin-Up
8. Tout Rustiné
9. Foule Frénétique
10. Ovaire
|
 |
Ludéal - S/T
article écrit par Christophe Leiciaguecahar, le 28 janvier 2008
Immergé jusqu’aux racines des cheveux dans l’inoubliable Fantaisie Militaire de Bashung, Vincent Ludéal livre, sur ce premier album, une musique d’une délicatesse rare. Certes, on a vu des débuts plus difficiles puisqu’y ont contribué entre autres Jean-Louis Piérot (ex-Valentins, et surtout un des artisans de Fantaisie Militaire), Frédéric Lo ( Daniel Darc) et Renaud Létang (Manu Chao, Feist), autant de bonnes fées aptes à faire du premier tocard à guitare venu chantant le dictionnaire la nouvelle star absolue. Mais ce serait enlever bien trop de crédit au talent évident de Ludéal à écrire des chansons impeccables. Sous leur classicisme élégant, on y trouve une écriture cinématographique, onirique, et même régulièrement sarcastique. Il faut laisser le temps filer et les écoutes successives œuvrer pour en apprécier toutes les qualités. Thèmes personnels ou universels, chansons à tiroirs, jeux de mots, introspection, pas de doute, l’univers du grand Alain a laissé des traces indélébiles dans l’esprit du jeune éphèbe. Mais ce dernier a suffisamment digéré l’influence de son maître à penser pour confronter sa plume racée et sans concession à un public forcément sur ses gardes. D’autant que les compositions soutenant des textes intelligents tiennent la dragée haute à bon nombre de ses contemporains. Certes, l’équipe de francs-tireurs qui l’entoure a forcément beaucoup contribué à la majestuosité de ce disque court (une grosse demi-heure), mais son sens de la mélodie, son goût pour les arrangements en clair-obscur et son chant tout en retenue lui confèrent une maturité étonnante pour un premier effort. Ludéal est d’ores et déjà un jeune prétendant à suivre de très près.
Son MySpace
|
|
 |
 |
 |
Autoproduit/Téléchargement libre - 2007
1. Gone
2. No Sound Around
3. Winter’s Going Fast
4. Back Home
5. Can You Feel The Rain Under My Feet ?
6. Now It’s Cold
7. Old Though
8. The Day Is All
9. Eyes Are
10. At Night
11. Soma
12. Failed
13. Sunday Morning
14. Houses
15. Hounds Of Love
16. Is It Forever ?
17. The Highway Is Burning
18. Here
|
 |
Jean Sébastien Nouveau - Recorded Home
article écrit par Christophe Leiciaguecahar, le 26 janvier 2008
La musique comme exorcisme. Jean-Sébastien Nouveau, un des membres fondateurs du groupe Immune, perd, fin 2005, un être cher. Pour le citer, « un besoin urgent survint en lui de se sentir vivant ». Et JSN de composer des morceaux tels qu’ils affluaient. Coïncidence, il découvre alors un blog photographique, celui de Jérôme Dittmar. De là l’idée assez simple de combiner le travail des deux artistes, selon le concept une photo/une pièce musicale, quatre mois durant, début 2006. Ce blog n’étant plus actif, JSN propose ici l’intégralité des 18 morceaux, dans leur jus. Le résultat est ce patchwork sombre et inquiétant, aliénant la guitare acoustique à des boucles electro maladives, un piano asthmatique ou des percussions improvisées. Tour à tour chantées ou instrumentales, ces vignettes délivrent chacune un venin souvent insoutenable. Une musique de douleur, dans sa violence brute et froide. JSN y chante comme titubant dans un univers opaque, cherchant désespérément l’être perdu, conscient que cette quête n’aboutira jamais. Si cette musique sombre et complexe tranchait avec les photos souvent oniriques de J.Dittmar, isolée elle n’en est pas moins cinématographique. C’était déjà la grande force de Sound Inside, premier album d’Immune, qui rappelait les vieux films de Chabrol. Seul, JSN réitère le tour de force, hanté cette fois par l’univers de Murnau. Ses pièces sonores laissent l’esprit divaguer entre des armées de spectres et des nuées d’anges, ne sachant trop à quel saint se vouer. On peut arguer du fait que la noirceur de la musique de Recorded Home, vu les circonstances, devrait rester personnelle ; on ne peut non plus nier qu’il s’en dégage une force reconnaissable par tous, celle mise dans la lutte contre la tristesse absolue, bien au-delà de l’intimité du deuil. Même en solo, il livre une œuvre puissante, inquiétante, et pourtant touchante. Le chagrin a ceci de beau qu’il offre à l’autre la possibilité de consoler. C’est ce cadeau que semble nous faire Jean-Sébastien Nouveau.
Le site dédié à Recorded Home, en téléchargement libre
Le MySpace
|
|
 |
 |
 |
Nocturne - 2007
1. Part 1 : Homesick
2. Part 2 : New Era
3. Leaving Paris
4. Aparani Par (The Dance of Aparan)
5. Well, you needn’t
6. Memories from Hankavan and now
7. Gypsyology
8. Zada es (You’re an ill-fated girl)
9. Solar
10. Forgotten World (T.Hamasyan) 0
|
 |
Tigran Hamasyan Trio - New Era
article écrit par Fabrice Fuentes, le 25 janvier 2008
Le ventre mou du jazz n’en finit pas de gonfler, accueillant jusqu’à plus faim quantité de musiciens émérites, bardés de diplômes, stars avant même d’avoir enregistré la moindre note, élus parmi les élus destinés à une carrière de demi-dieux. Ainsi du surdoué Tigran Hamasyan, 20 ans au compteur, déjà pianiste alors qu’il savait à peine marcher, nous dit-on, origine arménienne portée fièrement en bandoulière, études musicales à l’Université de Californie du Sud, bête à concours invétérée. Le tableau ainsi convoqué invite au respect, sinon à la génuflexion. Et ce n’est pas l’écoute de New Era qui viendra apporter un démenti. Plein à craquer (77 minutes, au moins vingt de trop), ce second album démontre avec force doigté une individualité flamboyante montée d’un compositeur exigent et aventureux, qui n’hésite pas à reprendre Monk sur un air de reggae et à parsemer des sonorités world au moment où on s’y attend le moins. Sous le haut parrainage des frères Moutin (François à la contrebasse, Louis à la batterie) et le regard complice d’un invité à suivre, Vardan Grigoryan au Duduk, le jeune prodige déroule son savoir-faire avec brio, s’échine à dynamiser son propos et justifier sa renommée. Toute critique sera forcément superflue, fruit d’une méconnaissance du jazz actuel juste bonne à passer sous le couperet des juges institutionnalisés. Osons tout de même écrire dans ces colonnes que ce jazz-ci, lorsqu’il revêt la forme canonique d’un devoir studieux, nous ennuie terriblement. Studieux ? L’adjectif procède moins d’a priori anti-scolaires que d’une pratique du jazz qui tourne à vide, plus spécieuse qu’incarnée, où la moindre improvisation, le moindre écart de conduite semblent obéir à des convenances certifiées conformes. Que Tigran Hamasyan apprenne à jeter son érudition aux orties plutôt qu’à la couvrir de fleurs et il deviendra grand, vraiment.
Le site de Tigran Hamasyan.
Le site de Nocturne.
|
|
 |
 |
 |
Pinkflag / Differ-ant - 2007
1. 23 Years Too Late
2. Our Time
3. No Warning Given
4. Desert Driving
|
 |
Wire - Read & Burn 3
article écrit par Paul-Ramone, le 24 janvier 2008
Cinq ans d’absence... Wire sort enfin de son « état de suspension ». Il était temps. En prélude à un nouvel album attendu cette année, ce EP 4 titres faisant suite à une série inaugurée en 2002, réunit les premières compositions de la révérée formation art punk depuis Burn. Il est quelque part réconfortant de constater que l’un des groupes les plus novateurs du rock n’a pas baissé la garde et continue avec conviction son démantèlement sonique lancé il y a plus de trente ans. L’attaque est d’emblée ambitieuse avec l’embrasure “23 Years Too Late”, distendue sur plus de neuf minutes : section rythmique hypnotique, dissidence des guitares, textures atmosphériques complexes et, enfin, Colin Newman, impressionnant, déclamant son verbe sur un ton narratif martial. Si dans un premier temps Wire prospecte clairement dans la même veine avant-gardiste/industrielle que Send (2003), moins attendue, la seconde partie du disque brise cette dynamique et révèle un peu... d’humanité. Avec l’effréné “No Warnin Given” et surtout le mélancolique “Desert Driving”, on est assez proche en soi du rock plus mélodique que produit son charismatique chanteur avec Githead. Mais tout bien considéré, le quatuor a toujours réservé quelques plages de ses albums à de belles émanations pop, et ce depuis “Outdoor Minner” (Chairs Missing, 1979). L’avenir devrait reserver quelques surprises et s’annoncer - qui plus est - prolifique puisqu’ aucun de ces titres ne seront inclus sur le prochain album. Read and Burn ? Attention, cette galette s’autodétruira dans 3.0 secondes.
Le site de Wire
|
|
 |
 |
 |
One Little Indian Records/Discopgraph - 2007
1.Raindrops
2.Bridges Burn
3.River of Darkness
4.Back Down
5.It’s Over
6.Jupiter
7.Morning Rain
8.Fear
9.Sunny Day
10.While the City Sleeps
|
 |
Kalli - While The City Sleeps
article écrit par Christophe Leiciaguecahar, le 23 janvier 2008
Depuis que la Perfide Albion a troqué ses colliers de roses pour un rock binaire à l’ancienne, il faut pousser jusqu’en Islande, pays d’origine de Kalli, pour trouver trace de vie de la pop romantique échevelée. L’ancien leader de Without Gravity, groupe d’un seul album, le remarqué Tenderfoot (2005), continue à broder des chansons grâcieuses sous son nom propre. Ce premier effort solo marche sur les traces de Coldplay, la flamboyance en moins, la timidité en plus. While The City Sleeps est un recueil de pop songs des plus classiques, ourlées de guitares chatoyantes et tapissées de cordes évanescentes. La douce voix de Kalli chante ses comptines énamourées en pliant les yeux et en oscillant la tête. On croyait les chansons d’amour cantonnées à la variété la plus basse, et voilà que le pays de la chanteuse la plus déjantée du monde (Björk, faut-il le préciser) cache précieusement ses petits trésors. On croirait entendre un Richard Aschcroft assagi, un Brett Anderson du dimanche matin. L’ambiance de ce premier album solo est rarement bousculée, à peine si Kalli fronce les sourcils sur une ou deux piécettes passagères, mais c’est pour mieux se replonger dans son univers ouaté, où l’on chante lové sous un drap de soie. On peut s’interroger sur la pertinence d’un tel album à l’heure où les centrales nucléaires ont du mal à alimenter les salles de concert ici-bas, mais While The City Sleeps demeure apaisant et parfaitement réussi sous une production limpide et derrière ces compositions sans faute. Un peu de tendresse dans un monde de brutes.
Son MySpace
|
|
 |
 |
 |
B-Flat/Discograph - 2007
1. The Way
2. Suite ’éveils’ : annoncement
3. Suite ’éveils’ : partie I : espoirs
4. Suite ’éveils’ : interlude, opus 1
5. Suite ’éveils’ : partie Il : intempestif
6. Suite ’éveils’ : interlude, opus 2
7. Suite ’éveils’ : partie Ill : le cyprès
9. Suite ’éveils’ : partie IV : ex-sistère
10. Love Sounds
11. Blues to Nous
|
 |
Samy Thiébault - Gaya Scienza
article écrit par Fabrice Fuentes, le 22 janvier 2008
Difficile au moment d’écrire sur Gaya Sienza, le second album du saxophoniste Samy Thiébault, de passer sous silence un patronage somme toute assez encombrant. En l’occurrence celui des frères Belmondo - tous deux ici présents dans le quintet, Lionel Belmondo ayant en plus contribué pleinement à la direction artistique du projet - et de leur diptyque mirifique Hymne au soleil (2003) / Influence (2005). Une filiation assumée dès la méditative ouverture du disque avec “The Way”, un morceau inspiré d’une mélodie de Gabriel Fauré, compositeur déjà convoqué dans le cadre d’une semblable approche esthétique sur Hymne au soleil. Musicien talentueux et reconnu, diplômé du Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris, qui a joué aux côtés de Dave Liebman, Archie Shepp, Ricardo Del Fra ou encore Eric Légnini, Samy Thiébault affiche sans complexe une ambition peu commune, a priori plutôt réjouissante. Un titre d’album qui convoque Nietzsche, un souffle fiévreux rappelant parfois celui de John Coltrane, une écriture recherchée et sinueuse inspirée de Wayne Shorter, une suite en quatre mouvements qui puise sa source autant dans la musique française du début du siècle dernier que dans le hard bop ou le free : dense, syncrétique, érudite et moderne, cette musique-là, décomplexée à souhait, fait feu de tous bois. Devant un tel condensé de références et d’aspirations, le risque est toujours de voir le jeune démiurge dépassé par l’ampleur de sa tâche homérique. Ecueil pas complètement contourné avec Gaya Scienza, album inspiré, de très bonne facture, mais dont la musique se coule dans les pas de prestigieux mentors sans en effacer l’ombre surplombante. Trop soucieux de s’installer dans un sillage prompt à attirer vers soi toutes les bienveillances, Samy Thiébault et ses excellents compères (Julien Alour à la trompette, Adrien Chicot au piano et Fabien Marcoz à la contrebasse) ont bâti un édifice imposant que l’on aurait préféré toutefois moins respectueux, plus personnel et risqué. Boitiller sans béquille est parfois le meilleur moyen d’avancer droit.
Le site de Samy Thiébault.
Sa page Myspace.
Le site de B-Flat.
|
|
 |
 |
 |
Own Records - 2007
1.Babyface In A Pickup Truck
2.Screenlight Flu
3.Claws Of Light
4.Rope Swing 2000
5.Cut The Day With A Steack Knife
6.Catfish From The Pharaohs
7.Starlet/Miss Brooklyn
8.Green Acid
9.Gowanus Meadowlarks
10.Fort Acid
11.Postcards Of Real Worlds
12.East Fork Rainbow
|
 |
The Dust Dive - Claws Of Light
article écrit par Christophe Leiciaguecahar, le 21 janvier 2008
Etrange univers que celui de The Dust Dive. A l’image de la photo qui orne ce deuxième album, la musique du trio est un bric à brac campagnard quelque peu désertique. Une country-folk de cortège funéraire, mais de ces enterrements qui n’oublient pas que la mort alimente la vie. Il y a toujours une lumière quelque part pour éclairer le chemin. Et pourtant c’est bien à Brooklyn, en plein cœur de la Grosse Pomme, que sont basés Bryan Zimmerman (simple homonyme, ne nous affolons pas), Ken Switzer et Laura Ortman. Guitares aériennes, chant caractériel appuyé par des chœurs fantomatiques, samples de poches, difficile de donner un nom à ce mélange des genres. Mais difficile aussi de lutter tant cette musique excite, en surface, la sensibilité, même des plus endurcis. Pour ce faire, The Dust Dive possède quelques tours imprévisibles qui réussissent à chaque fois. Sifflements enjôleurs, orgue martial, violons gémissant, chant de coq ( !!), autant de petits effets qui surgissent sans crier gare. Ce montage faussement anarchique déjoue avec aisance, la plupart du temps, l’impression de mollesse qui pourrait surgir aux premières notes de chacune de ces vignettes jouées au ralenti. Le rythme ne s’accélère en effet jamais sur Claws Of Light, plongeant l’auditeur dans une torpeur agréablement bousculée par les trouvailles citées plus haut. Mais la grande force de The Dust Dive réside surtout dans le chant tour à tour tourmenté, habité ou bucolique de Bryan Zimmerman, doté qu’il est d’une voix atypique et franchement séduisante. Cependant, malgré tous ces ornements excentriques, ce chant intemporel et ces guitares sépia, les compositions ne sont pas intrinsèquement d’une originalité confondante, et cet album aurait gagné à un peu plus de concision, plombé par un ventre mou - en gros, les plages 5/6/7 se ressemblent beaucoup trop. Somme toute, Claws Of Light possède suffisamment de qualités pour que l’on y revienne ponctuellement picorer un peu de douceur et pas mal de folie douce.
Leur MySpace
|
|
 |
 |
 |
Remaster : Peter Mew
Megaphone - 2007
CD 1
1. It’s alright (Ray Charles)
2. Everytime I think of freedom (Traditional)
3. Cotton Eyed Joe (Traditional)
4. Pastures of plenty (Woody Guthrie)
5. One May morning (Traditional)
6. Red are the flowers (Fred Neil)
7. Blues on the ceiling (Fred Neil)
8. Run tell that major (Traditional)
9. Down and out (Cox-Feldman)
10. Fannin’ Street (Huddie Ledbetter)
CD 2
1. In the evening (Leroy Carr)
2. Old Hannah (Traditional)
3. Pallett on your floor (Jelly Roll Morton)
4. Prettiest train (Traditional, Lomax prison recordings)
5. Mole in the ground (Traditional)
6. Darlin’ Corey (Traditional)
7. It hurts me too (Mel London)
8. Katie Cruel (Traditional)
9. Blackjack (Ray Charles)
10. No more taters (Traditional)
11. Good Morning Blues (Huddie Ledbetter)
|
 |
Karen Dalton - Cotton Eye Joe (The Loop Tapes Live in Boulder 1962)
article écrit par Paul-Ramone, le 18 janvier 2008
Il aura fallu attendre que monsieur Zimmerman lui rende hommage dans ses Mémoires pour que feu Karen Dalton sorte enfin de sa pénitence anonyme. Sa réhabilitation publique tardive, quoique salutaire, nous rappelle l’ampleur du gâchis. Ainsi, la vie n’a pas été tendre avec cette chanteuse interprète de sang cherokee, tiraillée par ses tendances autodestructices : accro aux drogues et à l’alcool, santé fragile, elle abandonnera son enfant... Figure sixties de la scène folk de Greenwich, elle n’enregistrera que deux uniques albums constitués de reprises, confidentiels, puis disparaitra dès le début de la décennie suivante et ce jusqu’à sa mort, en 1992. Et voilà que sont déterrés ses enregistrements miraculeux (il n’y a pas d’autres mots), tirés de concerts donnés dans un club de jazz à Boulder, Colorado. Plus de quarante cinq ans nous séparent de ses Loop Tapes. La qualité du son est précaire mais lui procure ce pouvoir d’attraction des vieux disques de blues. Peut-être aussi que le parfum de protest-singer qui imprègne ces années-là y apporte également de sa patine. Le répertoire est essentiellement constitué de chansons traditionnelles et reprises de monstres sacrés (Woodie Guthrie, Fred Neil, Leadbelly... ). Juste une guitare, un banjo, et cette voix voilée qui semble porter toute la misère du monde sur ces épaules, en nous donnant le vertige. On est happé dès “It’s Allright” de Ray Charles, décharné et abyssal, on ne lâche pas, elle non plus. Que Karen Dalton repose enfin en paix, de Cat Power à Joanna Newsom, en passant par Alela Diane, une nouvelle génération a repris le flambeau. Mais elles lui doivent tant...
Le site du label Megaphone Music
|
|
 |
 |
 |
French Toast - 2007
1.Cruising
2.Country Side
3.Town’S Down
4.Joining Jack
5.All In
6.New City Boy
7.The Sun
8.Silly Place
9.The Sound And The Fury
10.Bonnie
|
 |
New Pretoria - The Backyard’s Legacy
article écrit par Christophe Leiciaguecahar, le 17 janvier 2008
Cela fait déjà quelques années que New Pretoria traîne ses guêtres sur les scènes parisiennes. Voilà donc leur premier véritable album, après le joliment titré No Place For A Such Band. Les pieds dans la poussière de l’Arizona, les doigts à Manchester ou Londres, New Pretoria évolue en terrain connu. Citant Lambchop ou Howe Gelb, il y a aussi du Tindersticks et du Joy Division dans cette country-folk urbaine, notamment par le truchement d’un chant aux accents plus cockney que redneck. Un mélange pas si évident qu’il n’y paraît, et que New Pretoria arbore sans la moindre difficulté. Premier atout du groupe, la consistance des compositions qui sont de celles qui ont subi la patine du temps, le feu de la forge et le pétrissage de mains patientes et obstinées. Puissance des guitares, précision de la section rythmique et noblesse des orgues sont autant d’éléments qui confèrent à la musique du quintette une élégance ténébreuse. Alternant titres forts en gueule et chansons plus soutenues, The Backyard’s Legacy voyage au gré des vents de sable et des courants, faisant s’entrechoquer le folk-rock de Tucson et la pop sombre et dépressive d’Outre-Manche. Les esprits chagrins pourraient gloser sur cet héritage volé, mais ce serait faire abstraction de l’honnêteté du groupe. Car cette musique-là, les jeunes musiciens l’aiment, la chouchoutent, la dorlotent, mais ne la trahissent jamais. Pas de démonstration abusive ni tics inutiles. Les New Pretoria jouent une musique qu’ils connaissent sur le bout des doigts. On pourrait regretter une attitude parfois un peu trop respectueuse, une conduite évitant le dérapage, même contrôlé. Mais le terrain est fertile, la graine pousse, laissons à New Pretoria le temps d’asseoir son expérience, et gageons que l’avenir sera plus à l’orage, à condition de s’affranchir de références pour le moins encombrantes, The National en tête. En attendons, délectons-nous de ce disque modeste et abouti, et encourageons-les à se lâcher. Il est bon parfois de se perdre.
Leur MySpace
Leur site
|
|
 |
 |
 |
Memphis Industries - 2007
Producteur : Andy Dragazis
1. Allies
2. First Steps Last Stand
3. Holding Ground
4. The Electric Complement
5. Gaining Time
6. 100’s & 1000’s
7. Look To Your Laurels
8. Down The Days
9. Red And Shine
10. What Can Be Done To Right A Wrong
11. Distant But Not Forgoten Shores
12. Writing Home
|
 |
Blue states - First Steps Into...
article écrit par Sébastien D, le 16 janvier 2008
Après le singulier The Soundings (2004), le groupe d’Andy Dragazis revient avec un album encore davantage insaisissable, comme une pellicule de celluloïd emportée par le feu. S’il n’est pas rare que des mélodies produisent des images (mentales), rares sont celles dont la puissance d’évocation semble faire jaillir des films possibles. Palimpseste sonore, dès sa couverture l’album dévoile sa forme spéculaire. Comme un écho à Coup de cœur (One from the Heart, Coppola) et Rencontres du troisième type, une silhouette d’homme en clair-obscur avance dans un désert, dont l’horizon est incarné par un écran de drive-in comme reflet d’un univers fait d’images. Comme un générique de film, chaque morceau est alors une variation sonore sur la fin, sur la façon de finir, et de laisser s’échapper ces pellicules d’images qui font le monde. Dès “Allies”, le chœur haut-perché et quelques notes enfantines de piano et de violons s’épousent en un crescendo toujours différé suggérant un voyage interstellaire en compagnie de Cliff Martinez, David Axelrod et Ennio Morricone. Musique syncrétique, elle s’offre comme un panorama d’ambiances, une traversée de l’histoire récente de la musique d’accompagnement. Sur fond d’une froideur et d’une mélancolie proche des albums des Cocteau Twins (le disque n’est pas sans rappeler le travail de Robin Guthrie et Harold Budd pour Mysterious Skin de Greg Araki). Chaque titre invente ainsi sa propre prosodie tout en donnant l’impression d’avoir été (re)tiré d’un genre cinématographique, d’un film que l’on aurait dû voir, que l’on aurait vu s’il avait été, et qui serait la synthèse de tous ceux que l’on a déjà vus. Tous les mouvements sont alors des vecteurs d’émotions cinégéniques, comme les fins alternatives d’un même film, où la structure de tous les morceaux joue de l’imminence d’un dénouement incertain. Album inactuel First steps into... est le premier pas de la traversée d’un territoire où le visuel se confond avec le sonore, car les mélodies de Blue States sont des projections dont nous sommes les écrans comblés.
Leur site
Leur Myspace
|
|
 |
 |
 |
Wichita/V2 - 2007
1. Sleep Deprivation 2. I Got This Down 3. It’s The Beat 4. Hustler 5. Tits & Acid 6. I Believe 7. Hotdog 8. Wooden 9. Love 10. Scott
|
 |
Simian Mobile Disco - Attack Decay Sustain Release
article écrit par Jean-Philippe Cavaillez, le 15 janvier 2008
Difficile de rater James Ford en 2007. Il était partout, le producteur du moment, nous donnant du Klaxons par-ci, du Arctic Monkeys par là. Mais avant cette année charnière, le bonhomme officiait dans un groupe de rock déglingué, un peu psyché du nom de Simian, qui doit forcément vous dire quelque chose. Car le duo electro français Justice lui doit en partie son irrésistible ascension en remportant un concours de remix lancé par la maison de disques Source Records autour d’un titre du quatuor anglais : “Never Be Alone”. Le résultat par Justice : un titre furibard à danser comme un lapin sous amphets en braillant à tout va « We are your friends ! You’ll never be alone againnnnnnn ! ». Fort de cette réussite qui a hanté les dance-floors pendant trois ans, Ford avec un autre James, Shaw, s’est extrait de Simian pour créer Simian Mobile Disco. Le duo a sorti l’année dernière sa première contribution Attack Decay Sustain Release en prenant à toute vitesse un sérieux virage, un transfert vers l’electro. Sous l’influence putative des Chemical Brothers, SMD file une envie de se bouger à en perdre haleine. Sonorités simples, voix purement electro, rythmes binaires ou destructurés, montées progressives : le tout rendant hommage à la grande house-music, à l’acid house, à la pop simpliste, restées coincées dans une décennie instable. Presque tous les morceaux sont des tubes taillées eighties à l’instar de “It’s The Beat”, dont le sample s’inspire de "Pump Up The Jam" de Technotronic. SMD s’amuse des 80’s sans s’en moquer, sans sortir tout le tintouin, s’éloignant du formalisme parfois de rigueur dans l’electro aujourd’hui. Taillé pour le dance-floor, ce mélange vitaminé est furieusement actuel et c’est là que réside la plus grand réussite de Simian Mobile Disco.
Le site de Simian Mobile Disco
|
|
 |
 |
 |
Polydor/Fiction - 2007
Producteur : Paul Epworth
1. Play
2. Foundations
3. Mouthwash
4. Dickhead
5. Birds
6. We Get On
7. Mariella
8. Shit Song
9. Pumpkin Soup
10. Skeleton Song
11. Nicest Thing
12. Merry Happy
|
 |
Kate Nash - Made of Bricks
article écrit par Paul-Ramone, le 14 janvier 2008
Le « girl power » cuvée 2007 a définitivement plus d’allure que celui jadis popularisé par les Spice Girls. Avec les sulfureuses Amy Winehouse et Lily Allen, la jeunesse anglaise s’est amourachée de turbulentes donzelles dont les frasques sentimentales font le bonheur (et la prospérité) des tabloïds. Ceci étant considéré, nos oreilles sont traitées avec nettement plus d’égard que du temps des tubes aseptisés chantés par Posh Spice & Co. Moins exposée que ses deux sœurs d’arme, la rouquinette Kate Nash, 20 ans, connait un succès conséquent Outre-Manche : de concerts sold out en singles classés au sommet des charts, Kate Nash est devenue un petit phénomène. Sa pop/folk aux abords biens brossés, produite par Paul "goldfinger" Epworth, coiffe une personnalité entière. Miss Nash ne mâche pas ses mots sur son premier album, vocifère ses paroles tranchantes avec un accent cockney à couper au couteau... et débite des gros mots par-dessus le marché. Ouh ! Comédienne qui s’ignore, la révélation MySpace a indéniablement un don pour mettre en scène ses petites histoires sans conséquences, diablement en phase avec le quotidien de la fille de Mr Smith. Morceau choisi, “Birds”, une histoire d’amour foireuse où « les oiseaux volent tellement haut qu’ils chient sur ta tête ». Il faut entendre comme elle s’emballe sur “Mariella”, jolie performance logorrhéique qui frise le stand up. Autre sujet de prédilection : régler ses comptes avec la gent masculine, et surtout son petit copain pas très futé qui en prend pour son grade (“Dickhead”), toujours à l’aune d’un humour ravageur. Une cadette aussi irritante qu’attachante dont il serait dommage de se passer pour cause de conflit générationnel.
La page Myspace de Kate Nash
|
|
 |
 |
 |
Disque Primeur/Differ-Ant - 2006/2007
Modern Times
1.Modern Times
2.Voyage Interieur
3.Cent Soixante
4.You Make Me Feel Immoral
5.Where’s My Place ?
An Allegory Of Chastity
1.P-Kathrine
2.Feel You In My Arm
3.Let The Earth Rejoice
4.Irene
5.Pkatherine - Snack & C’mish remix
6.Irene - Strip Steve’s MTV remix
7.Feel You In My Arm
8.Modern times - Goon & Koyote Rmx
|
 |
Adam Kesher - Modern Times/An Allegory Of Chastity
article écrit par Christophe Leiciaguecahar, le 11 janvier 2008
Il n’est jamais trop tard pour tomber sur le cul. Vous pensiez l’electro-rock réservé à New-York ou Berlin et la France incapable de mettre un coup de boule au Klaxons ? Les deux EP inauguraux d’Adam Kesher risquent bien de remiser vos préjugés au fond de l’océan tellement leur puissance ravage tout sur leur passage. Guitares épileptiques, rythmique stroboscopique, claviers anxiogènes et chant sur la brèche, tout ici est fait pour pulvériser vos articulations et massicoter votre bulbe rachidien. La pop du sextet est de celle qui laisse des stigmates, qui fait couler le sang par les oreilles. Puisant autant dans le krautrock ou la cold-wave séminale que dans l’electro la plus contemporaine, la musique des bordelais d’origine brille par son incandescence. Modern Times (2006) pose les bases de ce cocktail détonnant avec cinq titres intemporels, consolant allègrement les nombreux déçus de Bloc Party. Ecriture au cordeau, production maousse, et interprétation écorchée, impossible de résister à la redoutable efficacité de bombes telles “Cent Soixante”, “Where’s My Place” ou “Modern Times”, invitations à la profanation des temples frileux érigés à Joy Division, mélangeant funk et punk sur un dance floor ayant atteint sa température de fusion. Le champ des possibles maintenant défriché, la troupe menée par Julien Perez ouvre les vannes des cuves de napalm jusqu-là patiemment mises de côté sur les quatre titres du monstrueux An Allegory Of Chastity (2007). Dès le single “P-Katherine”, l’herbe est arrachée à grands coups de mâchoires, laissant libre cours à la violence addictive et à l’humour sardonique de “Feel You In My Arm” et “Let The Earth Rejoice”. A charge pour “Irene” de fermer le bal dans un hédonisme quelque peu scabreux mais ô combien roboratif. On attend un album pour 2008, et si le plumage est à la hauteur du ramage, les irrévérencieux Adam Kesher risquent bien de faire parler la poudre pendant un certain temps, confirmant un buzz grossissant à vue d’œil, buzz porté par des prestations plus que brûlantes aux Eurockéennes ou à Saint-Malo. En attendant, vous reprendrez bien un bol de lave...
Leur MySpace
Leur site
|
|
 |
 |
 |
|
 |