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En marge

Autoproduit/Téléchargement libre - 2007

1. Gone 2. No Sound Around 3. Winter’s Going Fast 4. Back Home 5. Can You Feel The Rain Under My Feet ? 6. Now It’s Cold 7. Old Though 8. The Day Is All 9. Eyes Are 10. At Night 11. Soma 12. Failed 13. Sunday Morning 14. Houses 15. Hounds Of Love 16. Is It Forever ? 17. The Highway Is Burning 18. Here
Jean Sébastien Nouveau - Recorded Home
article écrit par Christophe Leiciaguecahar, le 26 janvier 2008

La musique comme exorcisme. Jean-Sébastien Nouveau, un des membres fondateurs du groupe Immune, perd, fin 2005, un être cher. Pour le citer, « un besoin urgent survint en lui de se sentir vivant ». Et JSN de composer des morceaux tels qu’ils affluaient. Coïncidence, il découvre alors un blog photographique, celui de Jérôme Dittmar. De là l’idée assez simple de combiner le travail des deux artistes, selon le concept une photo/une pièce musicale, quatre mois durant, début 2006. Ce blog n’étant plus actif, JSN propose ici l’intégralité des 18 morceaux, dans leur jus. Le résultat est ce patchwork sombre et inquiétant, aliénant la guitare acoustique à des boucles electro maladives, un piano asthmatique ou des percussions improvisées. Tour à tour chantées ou instrumentales, ces vignettes délivrent chacune un venin souvent insoutenable. Une musique de douleur, dans sa violence brute et froide. JSN y chante comme titubant dans un univers opaque, cherchant désespérément l’être perdu, conscient que cette quête n’aboutira jamais. Si cette musique sombre et complexe tranchait avec les photos souvent oniriques de J.Dittmar, isolée elle n’en est pas moins cinématographique. C’était déjà la grande force de Sound Inside, premier album d’Immune, qui rappelait les vieux films de Chabrol. Seul, JSN réitère le tour de force, hanté cette fois par l’univers de Murnau. Ses pièces sonores laissent l’esprit divaguer entre des armées de spectres et des nuées d’anges, ne sachant trop à quel saint se vouer. On peut arguer du fait que la noirceur de la musique de Recorded Home, vu les circonstances, devrait rester personnelle ; on ne peut non plus nier qu’il s’en dégage une force reconnaissable par tous, celle mise dans la lutte contre la tristesse absolue, bien au-delà de l’intimité du deuil. Même en solo, il livre une œuvre puissante, inquiétante, et pourtant touchante. Le chagrin a ceci de beau qu’il offre à l’autre la possibilité de consoler. C’est ce cadeau que semble nous faire Jean-Sébastien Nouveau.

-  Le site dédié à Recorded Home, en téléchargement libre
-  Le MySpace

Nocturne - 2007

1. Part 1 : Homesick 2. Part 2 : New Era 3. Leaving Paris 4. Aparani Par (The Dance of Aparan) 5. Well, you needn’t 6. Memories from Hankavan and now 7. Gypsyology 8. Zada es (You’re an ill-fated girl) 9. Solar 10. Forgotten World (T.Hamasyan) 0
Tigran Hamasyan Trio - New Era
article écrit par Fabrice Fuentes, le 25 janvier 2008

Le ventre mou du jazz n’en finit pas de gonfler, accueillant jusqu’à plus faim quantité de musiciens émérites, bardés de diplômes, stars avant même d’avoir enregistré la moindre note, élus parmi les élus destinés à une carrière de demi-dieux. Ainsi du surdoué Tigran Hamasyan, 20 ans au compteur, déjà pianiste alors qu’il savait à peine marcher, nous dit-on, origine arménienne portée fièrement en bandoulière, études musicales à l’Université de Californie du Sud, bête à concours invétérée. Le tableau ainsi convoqué invite au respect, sinon à la génuflexion. Et ce n’est pas l’écoute de New Era qui viendra apporter un démenti. Plein à craquer (77 minutes, au moins vingt de trop), ce second album démontre avec force doigté une individualité flamboyante montée d’un compositeur exigent et aventureux, qui n’hésite pas à reprendre Monk sur un air de reggae et à parsemer des sonorités world au moment où on s’y attend le moins. Sous le haut parrainage des frères Moutin (François à la contrebasse, Louis à la batterie) et le regard complice d’un invité à suivre, Vardan Grigoryan au Duduk, le jeune prodige déroule son savoir-faire avec brio, s’échine à dynamiser son propos et justifier sa renommée. Toute critique sera forcément superflue, fruit d’une méconnaissance du jazz actuel juste bonne à passer sous le couperet des juges institutionnalisés. Osons tout de même écrire dans ces colonnes que ce jazz-ci, lorsqu’il revêt la forme canonique d’un devoir studieux, nous ennuie terriblement. Studieux ? L’adjectif procède moins d’a priori anti-scolaires que d’une pratique du jazz qui tourne à vide, plus spécieuse qu’incarnée, où la moindre improvisation, le moindre écart de conduite semblent obéir à des convenances certifiées conformes. Que Tigran Hamasyan apprenne à jeter son érudition aux orties plutôt qu’à la couvrir de fleurs et il deviendra grand, vraiment.

-  Le site de Tigran Hamasyan.
-  Le site de Nocturne.

Pinkflag / Differ-ant - 2007

1. 23 Years Too Late 2. Our Time 3. No Warning Given 4. Desert Driving
Wire - Read & Burn 3
article écrit par Paul-Ramone, le 24 janvier 2008

Cinq ans d’absence... Wire sort enfin de son « état de suspension ». Il était temps. En prélude à un nouvel album attendu cette année, ce EP 4 titres faisant suite à une série inaugurée en 2002, réunit les premières compositions de la révérée formation art punk depuis Burn. Il est quelque part réconfortant de constater que l’un des groupes les plus novateurs du rock n’a pas baissé la garde et continue avec conviction son démantèlement sonique lancé il y a plus de trente ans. L’attaque est d’emblée ambitieuse avec l’embrasure “23 Years Too Late”, distendue sur plus de neuf minutes : section rythmique hypnotique, dissidence des guitares, textures atmosphériques complexes et, enfin, Colin Newman, impressionnant, déclamant son verbe sur un ton narratif martial. Si dans un premier temps Wire prospecte clairement dans la même veine avant-gardiste/industrielle que Send (2003), moins attendue, la seconde partie du disque brise cette dynamique et révèle un peu... d’humanité. Avec l’effréné “No Warnin Given” et surtout le mélancolique “Desert Driving”, on est assez proche en soi du rock plus mélodique que produit son charismatique chanteur avec Githead. Mais tout bien considéré, le quatuor a toujours réservé quelques plages de ses albums à de belles émanations pop, et ce depuis “Outdoor Minner” (Chairs Missing, 1979). L’avenir devrait reserver quelques surprises et s’annoncer - qui plus est - prolifique puisqu’ aucun de ces titres ne seront inclus sur le prochain album. Read and Burn ? Attention, cette galette s’autodétruira dans 3.0 secondes.

-  Le site de Wire

One Little Indian Records/Discopgraph - 2007

1.Raindrops 2.Bridges Burn 3.River of Darkness 4.Back Down 5.It’s Over 6.Jupiter 7.Morning Rain 8.Fear 9.Sunny Day 10.While the City Sleeps
Kalli - While The City Sleeps
article écrit par Christophe Leiciaguecahar, le 23 janvier 2008

Depuis que la Perfide Albion a troqué ses colliers de roses pour un rock binaire à l’ancienne, il faut pousser jusqu’en Islande, pays d’origine de Kalli, pour trouver trace de vie de la pop romantique échevelée. L’ancien leader de Without Gravity, groupe d’un seul album, le remarqué Tenderfoot (2005), continue à broder des chansons grâcieuses sous son nom propre. Ce premier effort solo marche sur les traces de Coldplay, la flamboyance en moins, la timidité en plus. While The City Sleeps est un recueil de pop songs des plus classiques, ourlées de guitares chatoyantes et tapissées de cordes évanescentes. La douce voix de Kalli chante ses comptines énamourées en pliant les yeux et en oscillant la tête. On croyait les chansons d’amour cantonnées à la variété la plus basse, et voilà que le pays de la chanteuse la plus déjantée du monde (Björk, faut-il le préciser) cache précieusement ses petits trésors. On croirait entendre un Richard Aschcroft assagi, un Brett Anderson du dimanche matin. L’ambiance de ce premier album solo est rarement bousculée, à peine si Kalli fronce les sourcils sur une ou deux piécettes passagères, mais c’est pour mieux se replonger dans son univers ouaté, où l’on chante lové sous un drap de soie. On peut s’interroger sur la pertinence d’un tel album à l’heure où les centrales nucléaires ont du mal à alimenter les salles de concert ici-bas, mais While The City Sleeps demeure apaisant et parfaitement réussi sous une production limpide et derrière ces compositions sans faute. Un peu de tendresse dans un monde de brutes.

-  Son MySpace

B-Flat/Discograph - 2007

1. The Way 2. Suite ’éveils’ : annoncement 3. Suite ’éveils’ : partie I : espoirs 4. Suite ’éveils’ : interlude, opus 1 5. Suite ’éveils’ : partie Il : intempestif 6. Suite ’éveils’ : interlude, opus 2 7. Suite ’éveils’ : partie Ill : le cyprès 9. Suite ’éveils’ : partie IV : ex-sistère 10. Love Sounds 11. Blues to Nous
Samy Thiébault - Gaya Scienza
article écrit par Fabrice Fuentes, le 22 janvier 2008

Difficile au moment d’écrire sur Gaya Sienza, le second album du saxophoniste Samy Thiébault, de passer sous silence un patronage somme toute assez encombrant. En l’occurrence celui des frères Belmondo - tous deux ici présents dans le quintet, Lionel Belmondo ayant en plus contribué pleinement à la direction artistique du projet - et de leur diptyque mirifique Hymne au soleil (2003) / Influence (2005). Une filiation assumée dès la méditative ouverture du disque avec “The Way”, un morceau inspiré d’une mélodie de Gabriel Fauré, compositeur déjà convoqué dans le cadre d’une semblable approche esthétique sur Hymne au soleil. Musicien talentueux et reconnu, diplômé du Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris, qui a joué aux côtés de Dave Liebman, Archie Shepp, Ricardo Del Fra ou encore Eric Légnini, Samy Thiébault affiche sans complexe une ambition peu commune, a priori plutôt réjouissante. Un titre d’album qui convoque Nietzsche, un souffle fiévreux rappelant parfois celui de John Coltrane, une écriture recherchée et sinueuse inspirée de Wayne Shorter, une suite en quatre mouvements qui puise sa source autant dans la musique française du début du siècle dernier que dans le hard bop ou le free : dense, syncrétique, érudite et moderne, cette musique-là, décomplexée à souhait, fait feu de tous bois. Devant un tel condensé de références et d’aspirations, le risque est toujours de voir le jeune démiurge dépassé par l’ampleur de sa tâche homérique. Ecueil pas complètement contourné avec Gaya Scienza, album inspiré, de très bonne facture, mais dont la musique se coule dans les pas de prestigieux mentors sans en effacer l’ombre surplombante. Trop soucieux de s’installer dans un sillage prompt à attirer vers soi toutes les bienveillances, Samy Thiébault et ses excellents compères (Julien Alour à la trompette, Adrien Chicot au piano et Fabien Marcoz à la contrebasse) ont bâti un édifice imposant que l’on aurait préféré toutefois moins respectueux, plus personnel et risqué. Boitiller sans béquille est parfois le meilleur moyen d’avancer droit.

-  Le site de Samy Thiébault.
-  Sa page Myspace.
-  Le site de B-Flat.

Own Records - 2007

1.Babyface In A Pickup Truck 2.Screenlight Flu 3.Claws Of Light 4.Rope Swing 2000 5.Cut The Day With A Steack Knife 6.Catfish From The Pharaohs 7.Starlet/Miss Brooklyn 8.Green Acid 9.Gowanus Meadowlarks 10.Fort Acid 11.Postcards Of Real Worlds 12.East Fork Rainbow
The Dust Dive - Claws Of Light
article écrit par Christophe Leiciaguecahar, le 21 janvier 2008

Etrange univers que celui de The Dust Dive. A l’image de la photo qui orne ce deuxième album, la musique du trio est un bric à brac campagnard quelque peu désertique. Une country-folk de cortège funéraire, mais de ces enterrements qui n’oublient pas que la mort alimente la vie. Il y a toujours une lumière quelque part pour éclairer le chemin. Et pourtant c’est bien à Brooklyn, en plein cœur de la Grosse Pomme, que sont basés Bryan Zimmerman (simple homonyme, ne nous affolons pas), Ken Switzer et Laura Ortman. Guitares aériennes, chant caractériel appuyé par des chœurs fantomatiques, samples de poches, difficile de donner un nom à ce mélange des genres. Mais difficile aussi de lutter tant cette musique excite, en surface, la sensibilité, même des plus endurcis. Pour ce faire, The Dust Dive possède quelques tours imprévisibles qui réussissent à chaque fois. Sifflements enjôleurs, orgue martial, violons gémissant, chant de coq ( !!), autant de petits effets qui surgissent sans crier gare. Ce montage faussement anarchique déjoue avec aisance, la plupart du temps, l’impression de mollesse qui pourrait surgir aux premières notes de chacune de ces vignettes jouées au ralenti. Le rythme ne s’accélère en effet jamais sur Claws Of Light, plongeant l’auditeur dans une torpeur agréablement bousculée par les trouvailles citées plus haut. Mais la grande force de The Dust Dive réside surtout dans le chant tour à tour tourmenté, habité ou bucolique de Bryan Zimmerman, doté qu’il est d’une voix atypique et franchement séduisante. Cependant, malgré tous ces ornements excentriques, ce chant intemporel et ces guitares sépia, les compositions ne sont pas intrinsèquement d’une originalité confondante, et cet album aurait gagné à un peu plus de concision, plombé par un ventre mou - en gros, les plages 5/6/7 se ressemblent beaucoup trop. Somme toute, Claws Of Light possède suffisamment de qualités pour que l’on y revienne ponctuellement picorer un peu de douceur et pas mal de folie douce.

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Remaster : Peter Mew
Megaphone - 2007

CD 1
1. It’s alright (Ray Charles) 2. Everytime I think of freedom (Traditional) 3. Cotton Eyed Joe (Traditional) 4. Pastures of plenty (Woody Guthrie) 5. One May morning (Traditional) 6. Red are the flowers (Fred Neil) 7. Blues on the ceiling (Fred Neil) 8. Run tell that major (Traditional) 9. Down and out (Cox-Feldman) 10. Fannin’ Street (Huddie Ledbetter)

CD 2
1. In the evening (Leroy Carr) 2. Old Hannah (Traditional) 3. Pallett on your floor (Jelly Roll Morton) 4. Prettiest train (Traditional, Lomax prison recordings) 5. Mole in the ground (Traditional) 6. Darlin’ Corey (Traditional) 7. It hurts me too (Mel London) 8. Katie Cruel (Traditional) 9. Blackjack (Ray Charles) 10. No more taters (Traditional) 11. Good Morning Blues (Huddie Ledbetter)

Karen Dalton - Cotton Eye Joe (The Loop Tapes Live in Boulder 1962)
article écrit par Paul-Ramone, le 18 janvier 2008

Il aura fallu attendre que monsieur Zimmerman lui rende hommage dans ses Mémoires pour que feu Karen Dalton sorte enfin de sa pénitence anonyme. Sa réhabilitation publique tardive, quoique salutaire, nous rappelle l’ampleur du gâchis. Ainsi, la vie n’a pas été tendre avec cette chanteuse interprète de sang cherokee, tiraillée par ses tendances autodestructices : accro aux drogues et à l’alcool, santé fragile, elle abandonnera son enfant... Figure sixties de la scène folk de Greenwich, elle n’enregistrera que deux uniques albums constitués de reprises, confidentiels, puis disparaitra dès le début de la décennie suivante et ce jusqu’à sa mort, en 1992. Et voilà que sont déterrés ses enregistrements miraculeux (il n’y a pas d’autres mots), tirés de concerts donnés dans un club de jazz à Boulder, Colorado. Plus de quarante cinq ans nous séparent de ses Loop Tapes. La qualité du son est précaire mais lui procure ce pouvoir d’attraction des vieux disques de blues. Peut-être aussi que le parfum de protest-singer qui imprègne ces années-là y apporte également de sa patine. Le répertoire est essentiellement constitué de chansons traditionnelles et reprises de monstres sacrés (Woodie Guthrie, Fred Neil, Leadbelly... ). Juste une guitare, un banjo, et cette voix voilée qui semble porter toute la misère du monde sur ces épaules, en nous donnant le vertige. On est happé dès “It’s Allright” de Ray Charles, décharné et abyssal, on ne lâche pas, elle non plus. Que Karen Dalton repose enfin en paix, de Cat Power à Joanna Newsom, en passant par Alela Diane, une nouvelle génération a repris le flambeau. Mais elles lui doivent tant...

-  Le site du label Megaphone Music

French Toast - 2007

1.Cruising 2.Country Side 3.Town’S Down 4.Joining Jack 5.All In 6.New City Boy 7.The Sun 8.Silly Place 9.The Sound And The Fury 10.Bonnie
New Pretoria - The Backyard’s Legacy
article écrit par Christophe Leiciaguecahar, le 17 janvier 2008

Cela fait déjà quelques années que New Pretoria traîne ses guêtres sur les scènes parisiennes. Voilà donc leur premier véritable album, après le joliment titré No Place For A Such Band. Les pieds dans la poussière de l’Arizona, les doigts à Manchester ou Londres, New Pretoria évolue en terrain connu. Citant Lambchop ou Howe Gelb, il y a aussi du Tindersticks et du Joy Division dans cette country-folk urbaine, notamment par le truchement d’un chant aux accents plus cockney que redneck. Un mélange pas si évident qu’il n’y paraît, et que New Pretoria arbore sans la moindre difficulté. Premier atout du groupe, la consistance des compositions qui sont de celles qui ont subi la patine du temps, le feu de la forge et le pétrissage de mains patientes et obstinées. Puissance des guitares, précision de la section rythmique et noblesse des orgues sont autant d’éléments qui confèrent à la musique du quintette une élégance ténébreuse. Alternant titres forts en gueule et chansons plus soutenues, The Backyard’s Legacy voyage au gré des vents de sable et des courants, faisant s’entrechoquer le folk-rock de Tucson et la pop sombre et dépressive d’Outre-Manche. Les esprits chagrins pourraient gloser sur cet héritage volé, mais ce serait faire abstraction de l’honnêteté du groupe. Car cette musique-là, les jeunes musiciens l’aiment, la chouchoutent, la dorlotent, mais ne la trahissent jamais. Pas de démonstration abusive ni tics inutiles. Les New Pretoria jouent une musique qu’ils connaissent sur le bout des doigts. On pourrait regretter une attitude parfois un peu trop respectueuse, une conduite évitant le dérapage, même contrôlé. Mais le terrain est fertile, la graine pousse, laissons à New Pretoria le temps d’asseoir son expérience, et gageons que l’avenir sera plus à l’orage, à condition de s’affranchir de références pour le moins encombrantes, The National en tête. En attendons, délectons-nous de ce disque modeste et abouti, et encourageons-les à se lâcher. Il est bon parfois de se perdre.

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Memphis Industries - 2007
Producteur : Andy Dragazis

1. Allies 2. First Steps Last Stand 3. Holding Ground 4. The Electric Complement 5. Gaining Time 6. 100’s & 1000’s 7. Look To Your Laurels 8. Down The Days 9. Red And Shine 10. What Can Be Done To Right A Wrong 11. Distant But Not Forgoten Shores 12. Writing Home
Blue states - First Steps Into...
article écrit par Sébastien D, le 16 janvier 2008

Après le singulier The Soundings (2004), le groupe d’Andy Dragazis revient avec un album encore davantage insaisissable, comme une pellicule de celluloïd emportée par le feu. S’il n’est pas rare que des mélodies produisent des images (mentales), rares sont celles dont la puissance d’évocation semble faire jaillir des films possibles. Palimpseste sonore, dès sa couverture l’album dévoile sa forme spéculaire. Comme un écho à Coup de cœur (One from the Heart, Coppola) et Rencontres du troisième type, une silhouette d’homme en clair-obscur avance dans un désert, dont l’horizon est incarné par un écran de drive-in comme reflet d’un univers fait d’images. Comme un générique de film, chaque morceau est alors une variation sonore sur la fin, sur la façon de finir, et de laisser s’échapper ces pellicules d’images qui font le monde. Dès “Allies”, le chœur haut-perché et quelques notes enfantines de piano et de violons s’épousent en un crescendo toujours différé suggérant un voyage interstellaire en compagnie de Cliff Martinez, David Axelrod et Ennio Morricone. Musique syncrétique, elle s’offre comme un panorama d’ambiances, une traversée de l’histoire récente de la musique d’accompagnement. Sur fond d’une froideur et d’une mélancolie proche des albums des Cocteau Twins (le disque n’est pas sans rappeler le travail de Robin Guthrie et Harold Budd pour Mysterious Skin de Greg Araki). Chaque titre invente ainsi sa propre prosodie tout en donnant l’impression d’avoir été (re)tiré d’un genre cinématographique, d’un film que l’on aurait dû voir, que l’on aurait vu s’il avait été, et qui serait la synthèse de tous ceux que l’on a déjà vus. Tous les mouvements sont alors des vecteurs d’émotions cinégéniques, comme les fins alternatives d’un même film, où la structure de tous les morceaux joue de l’imminence d’un dénouement incertain. Album inactuel First steps into... est le premier pas de la traversée d’un territoire où le visuel se confond avec le sonore, car les mélodies de Blue States sont des projections dont nous sommes les écrans comblés.

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Wichita/V2 - 2007

1. Sleep Deprivation 2. I Got This Down 3. It’s The Beat 4. Hustler 5. Tits & Acid 6. I Believe 7. Hotdog 8. Wooden 9. Love 10. Scott
Simian Mobile Disco - Attack Decay Sustain Release
article écrit par Jean-Philippe Cavaillez, le 15 janvier 2008

Difficile de rater James Ford en 2007. Il était partout, le producteur du moment, nous donnant du Klaxons par-ci, du Arctic Monkeys par là. Mais avant cette année charnière, le bonhomme officiait dans un groupe de rock déglingué, un peu psyché du nom de Simian, qui doit forcément vous dire quelque chose. Car le duo electro français Justice lui doit en partie son irrésistible ascension en remportant un concours de remix lancé par la maison de disques Source Records autour d’un titre du quatuor anglais : “Never Be Alone”. Le résultat par Justice : un titre furibard à danser comme un lapin sous amphets en braillant à tout va « We are your friends ! You’ll never be alone againnnnnnn ! ». Fort de cette réussite qui a hanté les dance-floors pendant trois ans, Ford avec un autre James, Shaw, s’est extrait de Simian pour créer Simian Mobile Disco. Le duo a sorti l’année dernière sa première contribution Attack Decay Sustain Release en prenant à toute vitesse un sérieux virage, un transfert vers l’electro. Sous l’influence putative des Chemical Brothers, SMD file une envie de se bouger à en perdre haleine. Sonorités simples, voix purement electro, rythmes binaires ou destructurés, montées progressives : le tout rendant hommage à la grande house-music, à l’acid house, à la pop simpliste, restées coincées dans une décennie instable. Presque tous les morceaux sont des tubes taillées eighties à l’instar de “It’s The Beat”, dont le sample s’inspire de "Pump Up The Jam" de Technotronic. SMD s’amuse des 80’s sans s’en moquer, sans sortir tout le tintouin, s’éloignant du formalisme parfois de rigueur dans l’electro aujourd’hui. Taillé pour le dance-floor, ce mélange vitaminé est furieusement actuel et c’est là que réside la plus grand réussite de Simian Mobile Disco.

-  Le site de Simian Mobile Disco

Polydor/Fiction - 2007
Producteur : Paul Epworth

1. Play 2. Foundations 3. Mouthwash 4. Dickhead 5. Birds 6. We Get On 7. Mariella 8. Shit Song 9. Pumpkin Soup 10. Skeleton Song 11. Nicest Thing 12. Merry Happy
Kate Nash - Made of Bricks
article écrit par Paul-Ramone, le 14 janvier 2008

Le « girl power » cuvée 2007 a définitivement plus d’allure que celui jadis popularisé par les Spice Girls. Avec les sulfureuses Amy Winehouse et Lily Allen, la jeunesse anglaise s’est amourachée de turbulentes donzelles dont les frasques sentimentales font le bonheur (et la prospérité) des tabloïds. Ceci étant considéré, nos oreilles sont traitées avec nettement plus d’égard que du temps des tubes aseptisés chantés par Posh Spice & Co. Moins exposée que ses deux sœurs d’arme, la rouquinette Kate Nash, 20 ans, connait un succès conséquent Outre-Manche : de concerts sold out en singles classés au sommet des charts, Kate Nash est devenue un petit phénomène. Sa pop/folk aux abords biens brossés, produite par Paul "goldfinger" Epworth, coiffe une personnalité entière. Miss Nash ne mâche pas ses mots sur son premier album, vocifère ses paroles tranchantes avec un accent cockney à couper au couteau... et débite des gros mots par-dessus le marché. Ouh ! Comédienne qui s’ignore, la révélation MySpace a indéniablement un don pour mettre en scène ses petites histoires sans conséquences, diablement en phase avec le quotidien de la fille de Mr Smith. Morceau choisi, “Birds”, une histoire d’amour foireuse où « les oiseaux volent tellement haut qu’ils chient sur ta tête ». Il faut entendre comme elle s’emballe sur “Mariella”, jolie performance logorrhéique qui frise le stand up. Autre sujet de prédilection : régler ses comptes avec la gent masculine, et surtout son petit copain pas très futé qui en prend pour son grade (“Dickhead”), toujours à l’aune d’un humour ravageur. Une cadette aussi irritante qu’attachante dont il serait dommage de se passer pour cause de conflit générationnel.

-  La page Myspace de Kate Nash

Disque Primeur/Differ-Ant - 2006/2007

Modern Times
1.Modern Times 2.Voyage Interieur 3.Cent Soixante 4.You Make Me Feel Immoral 5.Where’s My Place ?

An Allegory Of Chastity
1.P-Kathrine 2.Feel You In My Arm 3.Let The Earth Rejoice 4.Irene 5.Pkatherine - Snack & C’mish remix 6.Irene - Strip Steve’s MTV remix 7.Feel You In My Arm 8.Modern times - Goon & Koyote Rmx

Adam Kesher - Modern Times/An Allegory Of Chastity
article écrit par Christophe Leiciaguecahar, le 11 janvier 2008

Il n’est jamais trop tard pour tomber sur le cul. Vous pensiez l’electro-rock réservé à New-York ou Berlin et la France incapable de mettre un coup de boule au Klaxons ? Les deux EP inauguraux d’Adam Kesher risquent bien de remiser vos préjugés au fond de l’océan tellement leur puissance ravage tout sur leur passage. Guitares épileptiques, rythmique stroboscopique, claviers anxiogènes et chant sur la brèche, tout ici est fait pour pulvériser vos articulations et massicoter votre bulbe rachidien. La pop du sextet est de celle qui laisse des stigmates, qui fait couler le sang par les oreilles. Puisant autant dans le krautrock ou la cold-wave séminale que dans l’electro la plus contemporaine, la musique des bordelais d’origine brille par son incandescence. Modern Times (2006) pose les bases de ce cocktail détonnant avec cinq titres intemporels, consolant allègrement les nombreux déçus de Bloc Party. Ecriture au cordeau, production maousse, et interprétation écorchée, impossible de résister à la redoutable efficacité de bombes telles “Cent Soixante”, “Where’s My Place” ou “Modern Times”, invitations à la profanation des temples frileux érigés à Joy Division, mélangeant funk et punk sur un dance floor ayant atteint sa température de fusion. Le champ des possibles maintenant défriché, la troupe menée par Julien Perez ouvre les vannes des cuves de napalm jusqu-là patiemment mises de côté sur les quatre titres du monstrueux An Allegory Of Chastity (2007). Dès le single “P-Katherine”, l’herbe est arrachée à grands coups de mâchoires, laissant libre cours à la violence addictive et à l’humour sardonique de “Feel You In My Arm” et “Let The Earth Rejoice”. A charge pour “Irene” de fermer le bal dans un hédonisme quelque peu scabreux mais ô combien roboratif. On attend un album pour 2008, et si le plumage est à la hauteur du ramage, les irrévérencieux Adam Kesher risquent bien de faire parler la poudre pendant un certain temps, confirmant un buzz grossissant à vue d’œil, buzz porté par des prestations plus que brûlantes aux Eurockéennes ou à Saint-Malo. En attendant, vous reprendrez bien un bol de lave...

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Thrill Jockey/PIAS - 2007

1. Planet E 2. Strut Time 3. For Brother Thompson 4. From the River to the Ocean 5. Sakti/Shiva
Fred Anderson & Hamid Drake - From The River To The Ocean
article écrit par Fabrice Fuentes, le 7 janvier 2008

A presque 80 ans, le saxophoniste Fred Anderson, qui enchaîne les albums au rythme quasi métronomique d’une sortie par année, reconduit avec le batteur Hamid Drake un énième enregistrement. Sur le papier, une telle présentation accumule les éléments rédhibitoires : une longévité musicale trop excessive pour être honnête et une formule instrumentale qui tend au ressassement, forcément rasoir. A l’écoute, c’est une autre histoire. Celle-ci échappe fort heureusement aux prédictions des prophètes du jeunisme, campés dans leur superbe comme d’autres dans leur mauvaise foi. Enregistré à Chicago par John McEntire, avec la participation de Harrison Bankhead (violoncelle, contrebasse, piano), Josh Abrams (contrebasse, guimbri) et Jeff Parker (le guitariste de Tortoise), From The River To The Ocean est sans contexte un des grands disques de jazz de 2007. Le titre éponyme, ravissement ininterrompu, transporte sens et émotions, contrastes et sonorités orientales, au point de susciter à lui seul un émoi durable. Introduction en douceur d’Anderson et de Bankhead, caressant sa contrebasse du bout des doigts comme pour attiser un feu sacré, chant incantatoire en arabe de Drake, guitare lancinante de Parker, guimbri marocain d’Abrams et violoncelle sur fond de tambours hypnotiques décrivent des arabesques improvisées et fascinantes. Enroulements et déroulements de lignes mélodiques tendues entre le jazz modal et l’Afrique, éclairées par le saxophone, tout en pulsions joyeuses et impulsions méditatives fondues. Le morceau, fluide et ramifié, justifie son énoncé liquidien dans son mouvement d’engendrement, désir et élan en train de prendre forme, ascension spirituelle aux résonances coltraniennes. A l’image de cette quatrième plage (sur cinq au total), le quintet de Fred Anderson foule des terres qu’il connaît bien, avec le souci de ne pas perdre la trace des ses ancêtres et le besoin d’en élargir la portée, ému de ses propres trouvailles. L’inverse du triste conservatisme : l’extase d’être en vie.

-  Le site de Thrill Jockey.

FatCat Records/EMI - 2007

1. Greys 2. Music Now 3. First Incident 4. Yawns 5. Be Less Rude 6. Second Incident 7. Go-Go-Girls 8. Behave ! 9. Square 9 10. Final Incident 11. Snake
Frightened Rabbit - Sing The Greys
article écrit par Christophe Leiciaguecahar, le 4 janvier 2008

Venus de Glasgow, les Frightened Rabbit s’engagent, avec ce premier album, sur l’autoroute 2X8 voies de la pop anglaise à guitares. Courageux ? Non, pas franchement. Inconscient ? Peut-être. Fainéant ? Pas exactement. Le vrai qualificatif pour ce énième groupe briton serait plutôt affranchi. Faut-il en avoir ingurgité du Smiths, du Radiohead des débuts, du Coldplay et même du Franz Ferdinand, et surtout faut-il avoir digéré tous ces groupes écrasants pour être sûr de son fait. Mais Sing The Greys n’est pas un album de troisième zone. L’écriture du quintette est affirmée, sachant utiliser la six-cordes à bon escient. Mélodies en mode mineur, guitares pharaoniques, crescendos omniprésents, production enveloppante, on a entendu ça des milliers de fois. Mais on se laisse encore avoir. C’est donc qu’on doit vraiment aimer cette musique qui joue sur la corde sensible. Et peut-être aussi que cette veine archi-ressassée est bien troussée chez Frightened Rabbit. Le groupe possède un talent réel quand il s’agit de composer, on revient facilement sur ce disque sympathique, en quête de cette petite chanson qui nous avait bien séduit la dernière fois. Et puis cette petite touche de psyché comme on en entendait fréquemment chez Grandaddy n’est pas déplaisante. On conseillera juste à Scott, le chanteur, de se dépêcher de s’inscrire à des cours de chant tant ses régulières approximations, si elles touchent au départ, finissent assez rapidement par agacer, surtout quand il s’évertue à monter dans les aigus. Mais bon, quand on conclut un disque par une petite sucrerie au chocolat telle “Snake”, on peut se faire pardonner beaucoup de choses. En attendant, vous m’avez donné envie de réécouter Elbow, bonne idée, merci les gars.

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