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En marge

ECM/Universal - 2006

1-Intro 2-Jahlena 3-Loharbye 4-Kokonum 5-Rubato 6-Dunya 7-Tuki 8-Kalimba 6 9-Tonya 10-Osa Yambe 11-Box 12-Me 13-Ending
Miki N’Doye - Tuki
article écrit par Fabrice Fuentes, le 23 août 2006

Tuki est un disque au long cours, sur lequel l’imaginaire prend ses aises, voyage sans boussole et se laisse emporter hors du temps à la recherche d’un calme intérieur que notre bruyant quotidien lui accorde de moins en moins. De cette sérénité qui fait les sages, le percussionniste africain Miki N’Doye n’en manque assurément pas. La musique revêt pour lui le caractère d’une impérieuse nécessité, celle de refuser pacifiquement l’incessant manège des hommes et leurs jeux de dupes. Originaire de Gambie, mais vivant depuis trente ans à Oslo, ce malicieux conteur, qui chante en wolof et en mandingue, demeure un actif citoyen du monde, soucieux de trouver à ses revendications (“Loharbye” est par exemple une protest song contre la guerre) une forme musicale épurée. Un engagement qui évacue toutes velléités d’exotisme world. Tuki est un disque radical, inventif et moderne, situé au croisement des traditions africaines ancestrales et des sonorités hypnotiques electro-jazz les plus contemporaines. Le dispositif sonore repose sur le jeu percussif de N’Doye (il utilise un petit tambour vocal, nommé tamma, un tambour à baguettes, le m’balax, un bongo et, surtout, un petit piano à pouce au son métallique appelé kalimba), auquel s’ajoutent les claviers rêveurs de Jon Balke et une trompette aérienne (Per Jorgensen). Le minimalisme de l’ensemble, qui évoque la musique répétitive de John cale, s’avère en fait, pour qui saura faire abstraction de l’apparente aridité des compositions, d’une richesse indéniable, les notes de musique se muant en taches de couleurs fascinantes, apposées sur une toile sans fond ni bords.

-  Le site de ECM.

Nonesuch/Warner - 2006

1. August Ending 2. House On Hill 3. Bealtine 4. Boomer 5. Backyard 6. Fear And Trembling 7. Embers 8. Happy Tune 9. Waiting For Eden
Brad Mehldau - House On Hill
article écrit par Fabrice Fuentes, le 18 août 2006

Il est loin le temps où Brad Mehldau incarnait une nouvelle icône du romantisme fiévreux et posait en couverture des Inrockuptibles. Depuis, ses disques ont été l’objet de critiques mitigées ou d’un silence coupable qui l’ont fait dégringoler de son piédestal, avant d’être, ces dernières années, de nouveau en odeur de sainteté. Mais, fort heureusement, la mode et ses incessants revirements n’ont pas affecté l’art du pianiste, qui a gagné au fil des années en finesse et intériorité ce qu’il a perdu en joliesse complaisante. A défaut d’être un musicien fondamentalement original (comme Bill Carrothers), Brad Mehldau est un virtuose doté d’une sensibilité musicale qui transcende à peu près tout ce qu’il joue. Un musicien éminemment doué qui sait de plus très bien s’entourer. Sur House On Hill, on le retrouve en trio - avec Jorge Rossy à la batterie et Larry Grenadier à la contrebasse -, celui-là même qui le fit connaître dans les années 90. Enregisté en 2002 (à l’exception d’un titre datant de 2005), on s’explique difficilement la sortie tardive de ce disque magistral, sorte de recueil posthume des dernières cessions studio dudit trio, Jorge Rossy ayant depuis décidé de quitter le groupe pour se consacrer au piano. Il est d’ailleurs à l’honneur sur cet album, conférant un swing prodigieux aux compositions de Mehldau (on notera cette fois-ci l’absence de reprises empruntées au répertoire pop-rock contemporain), usant avec inventivité des cymbales et de la matité des toms, afin de donner davantage de profondeur à des méandres mélodiques qui ne raviront pas seulement les oreilles averties.

-  Le site de Brad Mehldau.

Own Records/Differ-ant - 2006

Tracklisting
1. Makeshift Shelters 2. Even Numbers 3. What Can I Manage 4. Loud And Clear 5. These Points Balance 6. Young And Old 7. We’ll Lean That Way Forever 8. Lessening
Gregor Samsa - 55:12
article écrit par Julie L.N, le 14 août 2006

Le post-rock est-il, plus que tout autre style musical, condamné à se répéter indéfiniment ? L’univers vrombissant esquissé par Mogwai et consorts est-il destiné à produire continuellement de nouveaux avatars ? C’est ce qu’on est en mesure de se demander à l’écoute du deuxième album de Gregor Samsa qui ne fait que s’approprier docilement les clichés du genre. Des compositions fantomatiques ponctuées de thèmes à la guitare (“These Points Balance”) jusqu’aux explosions soudaines - et pourtant si convenues - de décibels (“Even Numbers”) en passant par des interludes mélancoliques (“Loud And Clear”), tout y passe. Certains titres contiennent même un aperçu de ces trois sous-espèces (“Makeshift Shelters”), à la manière d’un petit précis de post-rock facile, en huit leçons. Car 55:12 est au Come on die young de Mogwai ce que Luc Ferry est à la philosophie : une banale vulgarisation. Rien de véritablement accrocheur dans cette musique, dont la prétendue marginalité est émoussée depuis longtemps : ni la voix monocorde et mollassone (chanteur et chanteuse confondus), ni les mélodies cotonneuses ne parviennent à retenir notre attention. Reste à apprécier - à moins que nous en soyions déjà lassés - cet album pour ce qu’il est vraiment : une juxtaposition d’ambiances parcourues d’une certaine mélancolie.

-  Le site de Gregor Samsa.

Cryptogramophone/Orkhêstra - 2006

1. Ahfufat - For Wan 2. Solflicka 3. Water Torture 4. Don’t Answer That 5. Heart Wisdom - For Thelma 6. Rina, Pt. 1 7. Corner of Morning
The Jeff Gauthier Goatette - One And The Same
article écrit par Fabrice Fuentes, le 9 août 2006

Le violoniste Jeff Gauthier est le fondateur et directeur artistique du passionnant label Cryptogramophone, sur lequel il signe d’ailleurs son quatrième album en tant que leader. Avec toujours le même quintet, comprenant les frères Cline, Nels aux guitares et Alex à la batterie et aux percussions, David Witham au piano et aux claviers, Joel Hamilton à la basse. La musique atmosphérique entendue ici, habillée de savoureux effets électroniques avant-gardistes, a tantôt un pied dans le jazz européen cérébral (fortement influencé par la musique de J.S. Bach et Igor Stravinsky, deux compositeurs qu’affectionne particulièrement Gauthier), tantôt l’autre dans le jazz electro-fusionnel (versant Miles Davis). Une ambivalence que déclinent les compositions de Jeff Gauthier et de Nels Cline, mais aussi de Bennie Maupin (qui a sorti dernièrement un disque magnifique sur ce même label, cf. ci-dessous) et du contrebassiste Eric von Essen, un émérite musicien mort prématurément en 1997, qui côtoya de près et joua autrefois avec les divers membres du groupe. On voit combien l’univers dense et introspectif de One And The Same se nourrit d’affects et de mélancolie, de témoignages d’admiration émouvants et de liens amicaux indéfectibles. Sans omettre cependant la mise en orbite d’un jazz singulier qui gravite librement autour des fertiles années 70 (sans parvenir vraiment à s’en détacher) et tournoie de manière voluptueuse dans des sphères célestes où raffinement et lyrisme hantent chaque morceau.

-  Le site de Cryptogramophone.

Cet album peut être téléchargé sur eMusic
Hyena Records - 2006

1. Ferris Wheel 2. Tall Drink of Water 3. Little Giggles 4. Old Man 5. Wishing Well 6. Lonnie 7. Umpty Eleven 8. Swirl 9. Moore’s Alphabet
John Ellis - By A Thread
article écrit par Fabrice Fuentes, le 4 août 2006

Méconnu en Europe, le saxophoniste (soprano/alto) et clarinettiste John Ellis (aussi présent à l’ocarina) est pourtant un des plus brillants jeunes musiciens issus de la scène jazz new-yorkaise actuelle. On a pu l’entendre, notamment, au sein du dernier groupe de Charlie Hunter. Ses compositions sur By A Thread, son second album, font la part belle aux mélodies et laissent deviner une inspiration qui tire, pour partie, sa sève dans la pop et le rock (à l’instar des pianistes Esbjörn Svensson ou Brad Mehldau). Loin de se contenter du seul jazz, la musique de John Ellis se risque à déborder de toutes parts son pré carré initial. Un morceau comme “Tall Drink Of Water”, avec sa contrebasse aguicheuse (Reuben Rogers) et son piano délicat (Aaron Goldberg), bientôt rejoints par une batterie alerte (Terreon Gully) qui accélère le mouvement à mi-chemin, n’a de cesse de tirer son fil thématique pour l’entortiller, l’enrichir d’interactions instrumentales (la guitare de Mike Moreno fait des miracles), de dérives étonnantes qui entretiennent l’effet de surprise. Ces changements de tons et d’orientations, parfaitement fondus les uns dans les autres, nécessitent une cohésion maximale entre les musiciens du quintet qui se doivent de faire groupe. Le fil rouge est ainsi tenu d’un bout à l’autre de l’album avec rigueur, afin d’éviter des circonvolutions inutiles et que ne soit perdu le bon sens de la marche. Le principe d’incertitude n’élude pas une vision globale et homogène des choses, les morceaux retombant toujours sur leurs pattes au final. Un beau disque qui mérite le détour.

-  Le site de John Ellis.

Cet album peut être téléchargé sur eMusic
Autoproduit - 2006

1. Speak Anew 2. Marks on The Road 3. Taking Office 4. Full Ace 5. Burning Ground 6. Star Crashing 7. To Get Rid Of Them 8. Up The Wall 9. City Girl
Selar - Burning Ground
article écrit par Paul-Ramone, le 31 juillet 2006

Avant de tomber sur ce disque, on s’était juré de ne plus ouvrir un fichier word durant un mois. Qu’est-ce que l’on vénère ces cordes électriques juteuses et ce chant désinvolte... Selar est un petit miracle vivant, des « gones » rhodaniens (oui, ils sont français) érudits qui perpétuent précieusement la magie qu’on croyait perdue des Feelies, The Bats ou des derniers disparus en date Luna. Bref, ils sont de cette caste de musiciens qui sont restés (et resteront) d’éternels étudiants. La formule du quintet est rudimentaire mais d’une finesse absolue : un entrelacs d’arpèges et de mélodies insidieuses assis sur une pudeur rythmique admirable. Les beautés se collectionnent en pagaille : “Speak Anew”, “Full Ace” (une desert song exceptionnelle), “Up The Wall”, "Marks On the Road" (tellement léger qu’on la jurerait jouée avec une plume à la place d’un médiator). Des formations de cette classe sont trop rares, et ce disque est trop court. On part en vacances le cœur léger. Merci Selar, merci mille fois.

-  Le site de Selar

Dead Bees Records - 2006

1. Wife Beater 2. Disposable Bra 3. Dusty Streets 4. Welcome Peace Duke 5. Sink or Swim 6. Last Resort Before Jealousy (pt2) 7. Watching Monica 8. Swamp Soccer 9. White Night 10. Picador My Love 11. Travelling Freakshow 12. Goldfish Memento 13. Waltz Me To Death
Sleep Talker - S/T
article écrit par Paul-Ramone, le 27 juillet 2006

Né des cendres de Call Me Loretta et d’autres groupuscules de la scène rock toulousaine, Sleep Talker est un combo essentiellement instrumental qui se déclare en constant « work in progress ». Le quatuor ne laisse jamais pour acquis ses compositions gravées en studios et encourage même ses fans à les réenregistrer, quitte à les diffuser par la suite via leur propre distribution. Ce premier album va de paire avec un EP sorti dans le même temps et issu des mêmes sessions. Un rock à la flamboyance noire, très élaboré, servit sur un grain de disto brut comme du crépi. On retrouve là le caractère distingué de certains groupes signés chez Bella Union et évidemment Interpol. Très efficace, le souci de concision de la paire guitaristique les poussent à rarement dépasser le format « 3 min 30 sec » et les éloigne sans contrainte du réseau post-rock. Sur le registre de la chanson possédée, l’essai n’est pas tout à fait concluant, la faute à un chanteur un peu « gringalet ». On retient malgré tout un “Picador, My Love” aux égosillements fiévreux. Si les humeurs de ces somnambules évoquent la pleine lune un soir de brume, on déconseillera aux fans du dernier tube de Patrick Sébastien d’y poser une oreille. Mais ça, vous le saviez déjà.

-  Le site de Sleep Talker

Bleu Electric/Harmonia Mundi - 2006

1. Am 8 Beat 2. Matatabi Yokokuhen 3. Becalmed 4. Dodesukaden 5. Dandanbatake 6. Nohara 7. I’M This, I’M That 8. Pneuma 9. Chakuriku 10. Tour Theme 2003 11. Carmen
Pascals - Dodesukaden
article écrit par Fabrice Fuentes, le 24 juillet 2006

Cela n’aura sans doute pas échappé aux plus cinéphiles de nos lecteurs : le titre du troisième album des japonais de Pascals désigne le premier film en couleur du cinéaste Akira Kurosawa, réalisé en 1970, sans conteste le plus absurde, touffu et magnifiquement déjanté de son auteur. Dans ce sombre chef-d’oeuvre, un enfant délirant et sa locomotive imaginaire traversent à longueur de séquences un bidonville transformé en objet esthétique par un cinéaste/peintre humaniste qui multiplie les genres (mélodrame, néoréalisme, surréalisme, drame beckettien...) et les registres stylistiques pour mieux interroger les notions de réel et de représentation. A l’instar de Kurosawa et de son compositeur attitré, Toru Takemitsu, Pascals ne cache pas son goût pour les mélanges improbables, la libre figuration de l’imaginaire et l’ivresse de la création. La pluralité des instruments (la douzaine de musiciens qui compose le groupe en pratique une bonne vingtaine, alliant instruments classiques à des jouets sonores inventés pour l’occasion), la diversité des orientations musicales (valses, pop, polkas, musiques cinématographiques, chansons, comptines) et une constante jovialité communiquent une impression de rêve éveillé, mais dissimulent aussi, parfois, une mélancolie troublante, comme si, à tout moment, une ombre pouvait venir assombrir le tableau. Sans être véritablement un hommage au film (même si le son d’un train instrumentalisé se laisse deviner ici et là), Dodesukaden perpétue l’esprit enfantin et décalé du film, tout en distillant, aussi, un goût mesuré pour l’expérimentation.

-  Le site de Label Bleu.

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