Huit ans après « Savage Hills Ballroom« , le prodigieux Trevor Powers se réconcilie avec son projet Youth Lagoon. Une merveille.


Nous l’avons déjà écrit et on le réécrit encore, Trevor Powers est un génie. L’auteur d’un disque immense, impérissable, The Year Of Hibernation, sorti de nulle part en 2011. Un chef-d’œuvre pop acidulé, un exemplaire d’arte povera, fascinant songe Lo-Fi, exutoire de l’anxiété et des amours tourmentés de son géniteur. Le touche-à-tout originaire de Boise (Idaho), a ensuite tenté de maintenir ce fragile équilibre, sur deux albums, le toujours très haut Wondrous Bughouse (2013) puis le réveil difficile avec l’inégal Savage Hills Ballroom (2015). En 2016, Trevor Powers, âgé de 26 ans, décide pourtant de s’émanciper de son projet Youth Lagoon et enregistre sous son propre nom deux albums d’electro radicaux, voire noise, en tous les cas prompts à désarçonner les fans de The Year Of Hibernation.

Même si chaque disque sous son nom découlait d’une démarche artistique sincère, non dénué d’intérêt, sa pop de chambre psychédélique nous manquait terriblement. Aussi, la résurrection de Youth Lagoon annoncée voilà quelques mois, fut accueillie avec réjouissance. Comme bon nombres de musiciens, la pandémie du Covid-19 a été l’élément déclencheur du retour de Trevor Powers : une réaction médicamenteuse lui a causé huit mois de dommages à son larynx et ses cordes vocales. Le garçon originaire de Boise (Idaho) s’est ainsi retrouvé sans voix durant ce laps de temps. Communiquant seulement par le biais de messages textuels ou d’un papier et d’un crayon, le désormais trentenaire entreprend d’écrire sur sa « famille, les voisins et les faucheurs », dixit Powers. Ces souvenirs parfois douloureux mais libérateurs se sont finalement retrouvés sur des titres touchants comme “Idaho Alien” (Billy, come home and Billy’s no punk, Daddy come home and daddy’s on junk).  

A l’écoute de ces dix nouvelles compositions toujours très intimistes, le Trevor Powers 2023, mini crête punk rose sur la tête, semble avoir fait la paix avec lui-même. Du moins en partie. Enregistré en six semaines avec le coproducteur Rodaidh McDonald (The xx, Adele, Gil Scott-Heron), Heaven Is a Junkyard renoue avec les douces mélodies psyché des deux premiers YL. En certainement moins Lo-Fi, mais tout en gardant un certain sens de l’épure, la production lorgne désormais vers une pop pastorale, parfois un brin jazzy (Deep Red Sea), parfois délicatement sertie de plages “electroniriques”.

En première piste, “Rabbit” sort de son terrier, une mélodie douce et raffinée, limite féérique où la voix susurrée de Powers a conservé toute son intense fragilité. L’irrésisitible refrain de “Prizefighter”, atteste d’un véritable bonheur de revenir à la musique après les jours indécis : “I got the sunshine to figure me out, I’m back to work, That’s over, now all I want is fun, Yeah, my work ain’t hard, But it’s got to be done”. “ Dans son versant épuré, on retient “The Sling”, piano song solitaire à la beauté austère, ou encore “Mercury” nappé de violons, une ballade comme seul le regretté Mark Linkous, pouvait en composer du temps de It’s a Wonderful Life

Ceux qui aiment toujours plonger dans les abysses pop de The Year Of Hibernation, sortiront avec bonheur leurs scaphandres pour explorer les singulières surcouches réverbérées de Lux Radio Theatre. Sans oublier le final grandiose, Helicopter Toy, où l’on assiste, du point de vue de la mise en son, à une véritable tempête sous-marine sensorielle. Sublime. Avec ce “Paradis dépotoir”, l’obsession que l’on nourrit pour le mutant de l’indie pop Trevor Powers n’est pas prête de disparaître. 

Fat Possum – 2023

BANDCAMP 

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Tracklisting :

1. Rabbit
2. Idaho Alien
3. Prizefighter
4. The Sling
5. Lux Radio Theatre
6. Deep Red Sea
7. Trapeze Artist
8. Mercury
9. Little Devil from the Country
10. HelIcopter Toy